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Maroc — Le pari Ouahbi à 100 jours du mondial

5 mars 2026 : la FRMF limoge Walid Regragui à 100 jours du Mondial après la finale de CAN perdue à domicile contre le Sénégal. Mohamed Ouahbi, 49 ans, ex-sélectionneur U20 fraîchement champion du monde au Chili, hérite des Lions de l'Atlas. Plongée dans un pari audacieux qui ouvrira face au Brésil d'Ancelotti.

Cyssou de Foot Vertical Rédaction · Foot Vertical
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Maroc — Le pari Ouahbi à 100 jours du mondial

Groupe C · Coupe du Monde 2026


5 mars 2026 : le jour où l’histoire a basculé

Au Maroc, on ne change pas un sélectionneur de génération à 100 jours d’un Mondial. C’est l’évidence absolue, la règle non-écrite, le tabou organisationnel. Sauf que la FRMF l’a fait.

Le 5 mars 2026 au soir, à Rabat, devant les caméras nationales, la Fédération annonce le départ de Walid Regragui et la nomination de Mohamed Ouahbi comme nouveau sélectionneur des Lions de l’Atlas. La décision tombe un mois et demi après la finale catastrophique de la CAN 2025, jouée à domicile au Stade Olympique de Rabat le 18 janvier devant 66 000 spectateurs. Score : Sénégal 1, Maroc 0. Le titre continental que l’Afrique entière attendait depuis 1976 vient encore d’échapper aux Lions de l’Atlas — la 12e finale ratée à domicile depuis l’indépendance.

(Détail surréaliste qui restera dans les annales : la CAF a finalement attribué le titre au Maroc sur tapis vert le 17 mars 2026 après les incidents en fin de match. Mais le mal symbolique, lui, était déjà fait : tout un pays avait vécu sa finale comme une défaite.)

Pour Regragui, c’est la fin d’un cycle qui aura duré trois ans et demi, dont 76% de victoires sur 33 matchs officiels — bilan numérique remarquable, mais épuisement politique total après la CAN ratée. Pour le Maroc, c’est un pari audacieux à 100 jours du Mondial.

Qui est Mohamed Ouahbi ?

L’histoire est belle. Mohamed Ouahbi, 49 ans, est né le 7 septembre 1976 à Schaerbeek, dans la région bruxelloise, dans une famille marocaine berbérophone originaire de Nador. Il a grandi en Belgique, fait ses études dans un lycée francophone, et s’est passionné pour le football à 10 ans en regardant la Coupe du Monde 1986… où les Lions de l’Atlas (déjà eux) atteignaient les huitièmes de finale.

Pas joueur professionnel — formateur de métier. Il s’est formé à Anderlecht, où il a dirigé les équipes de jeunes avant d’être nommé en mars 2022 à la tête de la sélection marocaine U20. C’est là qu’il a écrit la première page de sa légende :

Octobre 2025, Chili. Le Maroc U20 dispute la Coupe du Monde U20. Quart de finale : 3-1 contre les États-Unis. Demi-finale : 1-1 contre la France puis tirs au but (5-4). Finale au Stade National de Santiago : Maroc 2-1 Argentine. Champion du monde. Une première dans l’histoire du Royaume.

Cette équipe U20, c’est précisément le laboratoire d’Ouahbi : jeu proactif, maîtrise du ballon, pressing haut, structure en 3-4-3 ou 4-3-3 selon l’adversaire. Tout le contraire du pragmatisme défensif tatillon de Regragui. La FRMF veut, en quelque sorte, forcer la mutation tactique du Maroc senior à coups de transplantation d’ADN.

Le défi : faire fonctionner les A avec un système de U20

Là où ça se complique : Ouahbi va devoir convaincre les Hakimi, Bounou, Aguerd, En-Nesyri, Ounahi — la génération 2022 — d’épouser une philosophie radicalement différente de celle dans laquelle ils ont brillé.

Le premier baptême a eu lieu le 27 mars 2026 à Madrid contre l’Équateur (1-1), suivi du Paraguay quatre jours plus tard à Lens. Test à valeur de mise en route. Selon Footmercato, l’équipe-type sortie de ces matchs préparatoires ressemble à : Bono – Hakimi, Diop, Halhal, Salah-Eddine – El Mourabet, El Aynaoui – Talbi, El Khannouss, Yassine – Rahimi.

Beaucoup de noms moins connus aux côtés de Hakimi et Bono. Ouahbi semble vouloir intégrer des éléments de sa génération U20 championne du monde (Talbi, El Khannouss, Igamane, El Mourabet) tout en gardant l’ossature 2022. Reste à voir si l’alchimie fonctionne dans la durée.

Les cadres de la génération dorée

Achraf Hakimi reste le capitaine et la star absolue. À 27 ans, désormais cadre du PSG version Luis Enrique, il a connu une saison 2025-26 émaillée d’une blessure mais reprise à temps pour le Mondial. Selon Regragui en décembre 2025 : « C’est notre leader, notre capitaine, un grand travailleur. » Ouahbi, à son arrivée, n’a pas dérogé. Sans Hakimi, ce Maroc n’a pas de signature.

Yassine « Bono » Bounou (Al Hilal), 35 ans, monument absolu après ses arrêts héroïques à Doha (notamment vs Espagne en huitièmes 2022). Toujours indéboulonnable.

Nayef Aguerd (West Ham), pilier défensif. En-Nesyri (Fenerbahçe), meilleur buteur historique en CDM (3 buts en 2022). Sofyan Amrabat (transferts multiples), milieu défensif emblématique du parcours 2022.

Et puis Hakim Ziyech… toujours non convoqué. Le talent générationnel reste hors du projet, et Ouahbi a dû trancher entre fidélité au passé et logique du présent. Ziyech, sans club ou avec peu de temps de jeu, paye sa situation.

Côté sang neuf : Brahim Díaz (Real Madrid), naturalisé en 2023, désormais cadre. Eliesse Ben Seghir (Bayer Leverkusen), 21 ans, talent montant. Adam Aznou, Hamza Igamane (champion du monde U20). La transition est en cours.

Le calendrier : ouvrir contre Ancelotti

13 juin — Brésil : LE choc d’ouverture. Regragui avait commenté ça en décembre : « On joue un des favoris d’entrée, et eux, ils joueront aussi un des favoris d’entrée. » Ironie : il ne sera pas sur le banc. Ouahbi devra affronter Ancelotti pour son premier match officiel de Coupe du Monde. Énorme test.

Match 2 — Écosse : adversaire européen mais à portée du Maroc sur le papier. Match probablement décisif pour la place de 2e du groupe.

Match 3 — Haïti : le match qu’il « faut » gagner. Adversaire le plus faible du groupe, mais à ne jamais sous-estimer.

L’objectif minimal : sortir des poules. Le Maroc reste demi-finaliste sortant (2022) et est attendu comme tel.

Les trois scénarios marocains

Scénario A — La rechute. Élimination au premier tour, fiasco politique national. Ouahbi viré dans la foulée, Lekjaa contesté. La génération dorée passe à la trappe.

Scénario B — La sortie acceptable. Qualification en 2e position du groupe, élimination en 16e ou 8e. Le projet Ouahbi est validé pour le long terme. Demi-finale 2022 inégalée mais honneur sauf.

Scénario C — Le miracle. Ouahbi transforme l’équipe et le Maroc reproduit l’exploit 2022, peut-être en allant plus loin. Ouahbi devient légende. Le Maroc s’installe durablement dans le gotha mondial.

À 30 jours du coup d’envoi, le Maroc est l’inconnue la plus passionnante du Mondial. On a une génération qui a frôlé la finale en 2022, un sélectionneur fraîchement nommé qui a déjà été champion du monde (chez les jeunes), une CAN ratée à domicile qui laisse une cicatrice, et un calendrier brutal d’entrée (Brésil).

Personne ne sait vraiment où ça peut aller. C’est précisément ce qui rend le projet passionnant.

Et toi, tu y crois au pari Ouahbi ? Quart, demie, ou élimination précoce qui ferait basculer le projet marocain dans une décennie de doute ?

Cyssou de Foot Vertical Rédaction · Foot Vertical