Coupe du Monde 2026

🇹🇷 Turquie 2026 — 24 ans après, le Croissant et l’Étoile reviennent à table

La Turquie ferme le Groupe D et met fin à 24 ans d'absence en Coupe du Monde. Sous Montella, une génération mêlant Çalhanoğlu, Güler et Yıldız est passée par la petite porte des barrages (1-0 Roumanie, 1-0 Kosovo) — mais avec un projet de jeu enfin lisible. Portrait d'une équipe qui peut tout faire dérailler dans ce groupe ouvert.

Cyssou de Foot Vertical Rédaction · Foot Vertical
8 min de lecture
🇹🇷 Turquie 2026 — 24 ans après, le Croissant et l’Étoile reviennent à table

Groupe D · Coupe du Monde 2026


24 ans. Vingt-quatre ans sans Mondial.

La dernière, c’était 2002 en Corée-Japon. Demi-finale, troisième place, médaille de bronze. Un coup d’État sportif que personne n’avait vu venir, mené par Hakan Şükür (record du but le plus rapide de l’histoire des Mondiaux, 10,8 secondes face à la Corée du Sud lors du match pour la 3e place) et Rüştü Reçber dans les buts.

Depuis ? Plus rien. Cinq Mondiaux ratés d’affilée, des qualifs qui foiraient toujours au pire moment, et une fédération qui passait son temps à virer des sélectionneurs.

Et puis le 31 mars 2026, au Stadiumi Fadil Vokrri de Pristina, devant un Kosovo galvanisé qui voulait sa première qualification à un grand tournoi, Kerem Aktürkoğlu a poussé du bout du pied une déviation manquée d’Orkun Kökçü sur un centre en retrait de Kenan Yıldız. 1-0, 53e minute. Fin de l’attente. Le Croissant et l’Étoile sont de retour à la table des grands. « Cela fait 24 ans. La plupart d’entre nous ne se souviennent même plus de 2002. Maintenant, on va faire rêver nos jeunes frères et sœurs du Mondial 2026 », a lâché Aktürkoğlu, vainqueur du match.

Une qualif arrachée à la sueur, pas au talent

Soyons clairs : la Turquie n’a pas survolé sa campagne. Elle a fini 2e du Groupe E derrière l’Espagne en novembre 2025, après une défaite humiliante 6-0 chez les Ibères à l’aller à Konya. Mais le retour à Séville le 18 novembre 2025 a été héroïque : 2-2, avec une équipe de Montella qui a tenu tête aux champions d’Europe. Cette 2e place a expédié la Turquie en barrages.

Et là, c’est le mode survie qui s’est enclenché. 26 mars 2026, demi-finale au Vodafone Park (stade du Beşiktaş) à Istanbul, face à la Roumanie : 1-0, but de Ferdi Kadıoğlu à la 53e, sur une magnifique ouverture par-dessus la défense d’Arda Güler. Du pragmatisme à l’italienne, rien de plus. Cinq jours plus tard à Pristina, rebelote : 1-0 Aktürkoğlu, dans un match où Uğurcan Çakır a sorti deux parades énormes face à Asllani pour garder le clean sheet. Pas de festival offensif. Juste deux victoires sèches dans des contextes brûlants.

Et c’est exactement ça, la nouvelle Turquie de Montella. « Le passeport n’est qu’une formalité pour moi, je me sens toujours comme un Turc », a lâché l’Italien après Pristina, en référence à la naturalisation que lui a promise le président de la fédération en récompense. L’homme connaît son monde : il a coaché Adana Demirspor avant de prendre la sélection en septembre 2023.

La révolution Montella : du chaos à la rigueur

Là où ça devient intéressant tactiquement, c’est ce que Vincenzo Montella a construit depuis qu’il a pris la suite de Stefan Kuntz. La Turquie d’avant, c’était quoi ? Une équipe explosive sur trois matchs, lunatique sur les cinq suivants. Capable de battre l’Allemagne et de perdre contre la Lettonie dans la foulée. Du foot turc à l’ancienne : du feu, peu de couverture, beaucoup de cœur, pas assez de bloc.

Montella a injecté une lecture tactique à l’italienne sans tuer le feu. Le 4-2-3-1 est devenu lisible : Çakır dans les buts, une charnière Demiral-Bardakcı avec Müldür-Kadıoğlu dans les couloirs, un double pivot Çalhanoğlu-Yüksek qui tient le milieu, et devant un trident d’attaque tournant autour d’Arda Güler en numéro 10.

L’idée derrière, c’est de confisquer le ballon quand c’est possible, mais surtout de piquer en transition quand l’adversaire vient presser. Et ça tombe bien : avec Güler, Yıldız et Aktürkoğlu sur la même ligne, le timing des courses en profondeur peut faire très mal. L’Euro 2024 (quart de finale, élimination contre les Pays-Bas) avait déjà donné un aperçu. Là, on est passé au cran au-dessus.

Çalhanoğlu – Güler – Yıldız : le triangle qui peut tout casser

Trois noms à retenir, et ils suffisent à expliquer pourquoi cette Turquie peut être un sale client pour n’importe qui dans le tournoi.

Hakan Çalhanoğlu (Inter Milan), 32 ans, c’est le métronome. Le capitaine. Celui qui dicte le tempo et qui plante les coups de pied arrêtés. Il joue le Mondial de sa vie après avoir tout gagné en club (deux Serie A consécutives, finale de Ligue des Champions). Il n’aura plus jamais cette occasion.

Arda Güler (Real Madrid), 20 ans, c’est l’étincelle. Désormais titulaire chez Álvaro Arbeloa après les départs successifs d’Ancelotti et de Xabi Alonso, il a explosé sur la deuxième partie de saison 2025-26. Mesut Özil l’a désigné comme son héritier, certains le comparent même à Messi pour le pied gauche. C’est lui qui peut transformer un match fermé contre les USA en récital.

Kenan Yıldız (Juventus), 21 ans, c’est le poison. Ailier gauche qui élimine, frappe des deux pieds, et qui ne tremble pas dans les grands rendez-vous. Note FotMob 7,78 sur la saison qui s’achève — meilleure note de la sélection. Le genre de joueur qui te plante un but en début de match et qui plombe ton plan.

Ajoutez Barış Alper Yılmaz (Galatasaray) qui presse comme un dératé pendant 90 minutes, et vous avez une attaque qui peut faire mal à tout le monde. Le souci ? La défense, justement — sept buts encaissés en huit matchs de qualification, dont des moments de flottement face aux attaques rapides. Sur ce Mondial à 48 où il faudra sortir des matchs couperets, c’est là que ça peut craquer.

Classement FIFA actuel : 25e. Une cote qui ne reflète pas le potentiel offensif réel de cette équipe.

Le Groupe D : pas un cadeau, mais pas une impasse

Le calendrier officiel CDM 2026, publié par la FIFA le 6 décembre 2025 au lendemain du tirage au sort, est désormais figé :

13 juin, Vancouver (BC Place) — Australie : adversaire le plus accessible sur le papier — une équipe physique mais limitée techniquement sous Tony Popovic, qu’on doit battre si on a des ambitions. Pour rappel, Australie est 27e à la FIFA, à peine derrière la Turquie.

19 juin (Santa Clara, Levi’s Stadium) — Paraguay : adversaire piégeux, la garra guaraní, c’est ce truc sud-américain qui fait que tu peux dominer 90 minutes et perdre 0-1 sur un coup de pied arrêté. Alfaro a déjà battu Brésil et Argentine. Match-clé du groupe.

26 juin, Los Angeles (SoFi Stadium) — États-Unis : la finale du groupe pour la première place. Stade comble, ambiance américaine, pression maximale sur les co-hôtes. Pour Pochettino, perdre ce match contre la Turquie serait politiquement explosif.

La Turquie a les armes pour finir 1ère du groupe. Mais avec ce format à 48 équipes qui pardonne les faux pas (les 8 meilleurs 3es passent), même une 2e ou 3e place rapporterait une qualif en 16e. L’objectif réaliste, c’est le quart de finale. Le rêve fou, c’est plus loin — mais on sait depuis 2002 que cette sélection est capable de tout dans un Mondial.

Trois scénarios pour le Croissant

Scénario A — La sortie au premier tour. Un mauvais départ contre l’Australie et tout peut s’effondrer. Improbable vu l’effectif, mais possible.

Scénario B — La sortie en huitièmes ou en quart. Sortie de poule en 1ère ou 2e place, élimination contre un favori européen ou sud-américain. Scénario médian probable et déjà un succès historique.

Scénario C — Le retour à 2002. Demi-finale, quatuor des derniers carrés, gros parcours porté par Güler-Yıldız-Çalhanoğlu. Improbable, mais cette génération a 4 ans devant elle.

À 10 jours du coup d’envoi, la Turquie est probablement l’équipe la plus séduisante de ce Mondial à regarder. Combinaison rare : génération technique au sommet, sélectionneur tacticien, et 24 ans de frustration accumulée à dépenser sur un terrain.

Cette Turquie de Montella, génération dorée qui peut sortir le tournoi par le haut, ou outsider qui va se ramasser au premier vrai test face aux USA ? Et plus largement : c’est quoi votre prono pour le Groupe D ?


📚 Sources

Cyssou de Foot Vertical Rédaction · Foot Vertical