Groupe B · Coupe du Monde 2026
L’Ă©lève qui veut prouver qu’il a vraiment progressĂ©
Trois ans et demi plus tard, le Qatar n’a toujours pas digĂ©rĂ© 2022. Et c’est comprĂ©hensible.
Ă€ l’occasion de leur première Coupe du Monde, organisĂ©e chez eux avec un budget faramineux, les Al-Annabi ont signĂ© le pire bilan de l’histoire d’un pays hĂ´te : trois dĂ©faites en trois matchs (0-2 vs Équateur, 1-3 vs SĂ©nĂ©gal, 0-2 vs Pays-Bas), un seul but marquĂ©, sept encaissĂ©s. Les mĂ©dias internationaux n’avaient pas mâchĂ© leurs mots : « l’Ă©quipe la plus faible du Mondial« , « sĂ©lection pas au niveau« . Pour un pays qui avait fait du football son outil principal de soft power, la gifle Ă©tait cinglante.
Le Qatar revient. Pas en pays hĂ´te cette fois. Pas par cooptation. Pas par exception. Mais via le processus de qualification standard de l’AFC — une première historique. Et ça, statistiquement, ça change tout.
La qualification : 14 octobre 2025, Doha, le soir où tout a basculé
Quatrième tour des Ă©liminatoires AFC. Stade Jassim-bin-Hamad. Qatar 2-1 Émirats arabes unis, sur deux coups francs d’Akram Afif repris de la tĂŞte par Boualem Khoukhi (49e) puis Pedro Miguel (74e). Une victoire serrĂ©e, Ă©touffĂ©e, mais une victoire. Et le ticket pour le Mondial 2026 dans la poche.
C’est plus qu’une qualification : c’est une validation institutionnelle. Pour la première fois, le projet Aspire — l’acadĂ©mie qatarienne qui forme depuis vingt ans des talents locaux et naturalise stratĂ©giquement Ă l’Ă©tranger — produit une Ă©quipe qui passe le test d’une vraie campagne d’Ă©lim’. Pas par invitation. Pas pour faire de la figuration. Par mĂ©rite (sportif), aussi contestable et discutable que reste le modèle global.
Lopetegui, le nom qui surprend (et qui inquiète)
L’histoire est presque scĂ©narisĂ©e. 1er mai 2025 : la fĂ©dĂ©ration qatarienne vire son sĂ©lectionneur Luis GarcĂa après une dĂ©faite humiliante 1-3 contre le Kirghizistan (25 mars 2025, Ă Bichkek) — deux ans seulement après le 2e sacre asiatique consĂ©cutif (2023). Christophe Galtier est sondĂ©. Discussions, nĂ©gociations, Ă©chec.
Ce sera Julen Lopetegui, 59 ans, Espagnol, signature jusqu’en 2027 (Coupe d’Asie). Le nom est gros — mais le passif aussi.
Lopetegui c’est : Champion d’Europe U19 (2012) et U21 (2013) avec l’Espagne, formateur rĂ©putĂ©. SĂ©lectionneur de la Roja qualifiĂ© pour la CDM 2018… virĂ© la veille du tournoi pour avoir signĂ© en secret avec le Real Madrid (la sĂ©quence la plus cĂ©lèbre de sa carrière, dans le mauvais sens du terme), oĂą il ne tiendra que 4 mois et demi. Vainqueur de l’Europa League 2020 avec SĂ©ville (sa pĂ©pite), avec trois tops-4 consĂ©cutifs en Liga. Échecs en Premier League avec Wolves (parti en aoĂ»t 2023) puis West Ham (virĂ© le 8 janvier 2025).
Sept matchs officiels Ă la tĂŞte du Qatar : 2 victoires, 2 nuls, 3 dĂ©faites. 29% de victoires. Pour un sĂ©lectionneur de ce CV Ă la tĂŞte d’une Ă©quipe en reconstruction, c’est faible. Lopetegui n’a pas encore trouvĂ© le système qui exploite vraiment ses cadres, et le temps presse. Ă€ 30 jours du coup d’envoi, on cherche encore qui jouera devant — et avec quel schĂ©ma.
Akram Afif, le Ballon d’or asiatique qui doit porter une nation
Si le Qatar a une chance de marquer ce Mondial, elle s’appelle Akram Afif.
Ă€ 29 ans, l’ailier gauche d’Al Sadd est double Ballon d’or asiatique (Ă©lu meilleur joueur de l’AFC en 2019, puis Ă nouveau en 2023, lors de la cĂ©rĂ©monie du 29 octobre 2024 Ă SĂ©oul, devenant le premier Qatari Ă remporter la distinction deux fois). Technique fine, vision, capacitĂ© Ă porter le ballon, frappe prĂ©cise des deux pieds — Afif est dans la dimension supĂ©rieure des joueurs asiatiques contemporains, sans ĂŞtre pour autant un crack mondial. Le problème : sans lui, le Qatar n’a pas de crĂ©ateur.
Aux cĂ´tĂ©s d’Afif, on retrouve les figures connues : Almoez Ali, 29 ans, attaquant d’Al-Duhail et capitaine, meilleur buteur de l’histoire du Qatar (et meilleur buteur de la Coupe d’Asie 2019 avec ses 9 buts, record toujours en place). Mohammed Muntari, vĂ©tĂ©ran, polyvalent. Le gardien Meshaal Barsham (Al Sadd), titulaire indiscutable.
Et toujours, en filigrane, les naturalisations : Edmilson Junior (nĂ© Ă Liège d’un père brĂ©silien, formĂ© au Standard de Liège, naturalisĂ© qatari en septembre 2024, aujourd’hui Ă Al-Duhail), Lucas Mendes (dĂ©fenseur brĂ©silien naturalisĂ©, ex-OM) figurent dans la prĂ©liste de 34 joueurs annoncĂ©e le 12 mai 2026. Le dĂ©bat Ă©thique reste entier — mais le règlement FIFA, lui, valide.
Le double sacre asiatique qui change tout (ou pas)
Voici la vraie nuance Ă apporter au discours « Qatar = Ă©quipe faible » : depuis 2019, le Qatar a remportĂ© deux Coupes d’Asie consĂ©cutivement (2019 puis 2023, Ă domicile). C’est un exploit que seul le Japon avait rĂ©ussi (2000 et 2004). On parle d’un titre continental majeur, devant la CorĂ©e du Sud, le Japon, l’Iran, l’Australie.
Donc : le Qatar n’est pas l’Ă©quivalent footballistique d’un Panama ou d’un Cap-Vert. Sur la scène asiatique, c’est un vrai poids lourd, qui sait gagner les matchs qui comptent. La question pour 2026 reste : ce niveau asiatique correspond Ă quel niveau mondial, exactement ? La rĂ©ponse, en 2022, Ă©tait : pas grand-chose. La rĂ©ponse en 2026, Ă confirmer.
Le calendrier : un programme exigeant, sans match piège évident
• 13 juin, Santa Clara (Levi’s Stadium) — Suisse : la première sortie. Probablement la plus difficile sur le papier. Une dĂ©faite ici, et le scĂ©nario 2022 ressurgit.
• 18 juin (soir local) / 19 juin, Vancouver — Canada : la revanche symbolique. Avantage clair au Canada (Ă domicile), mais c’est probablement le match Ă gratter pour le Qatar.
• 24 juin, Seattle — Bosnie-HerzĂ©govine : la sortie. Probablement dĂ©jĂ Ă©liminĂ©s Ă ce stade, ou alors au contraire en quĂŞte d’une qualification miraculeuse. Match Ă 50/50 sur le papier.
Trois scénarios pour les Maroons
Scénario A — La répétition de 2022. Trois défaites, aucune qualification, retour aux questions structurelles. Le projet Aspire reprend ses recherches.
ScĂ©nario B — La performance honorable. Une victoire (probablement contre la Bosnie), deux dĂ©faites, sortie au premier tour mais avec dignitĂ©. C’est, sans doute, le scĂ©nario le plus probable. Et dĂ©jĂ , ça vaudrait quelque chose pour le dĂ©veloppement local du football qatarien.
ScĂ©nario C — L’exploit. Un nul contre la Suisse, une victoire contre la Bosnie, sortie des poules pour la première fois. Hautement improbable, mais le format Ă 48 (qualification des 8 meilleurs 3es) ouvre une porte.
Ă€ 30 jours du tournoi, les Al-Annabi savent qu’ils n’ont plus rien Ă prouver cĂ´tĂ© ressources, mĂ©thode ou ambition. Reste Ă prouver, sur le terrain amĂ©ricain, qu’on peut se qualifier autrement qu’avec un statut d’hĂ´te. Ce qui est, paradoxalement, le dĂ©fi le plus simple et le plus difficile Ă la fois.
Lopetegui a 26 joueurs et trois matchs pour réécrire le récit qatarien. Pas une mince affaire.
Et toi, tu y crois à ce Qatar version Lopetegui ? Nouveau fiasco façon 2022, ou enfin une performance honorable qui valide le projet sur le terrain ?
📚 Sources
- Footmercato — Effectif et bilan Lopetegui Qatar (consulté 01/06/2026)
- Footmercato — Préliste de 34 joueurs du Qatar (12/05/2026)
- Footmercato — Qatar 2-1 Émirats (qualification CDM 2026) (14/10/2025)
- Footmercato — Lopetegui nouveau sélectionneur (01/05/2025)
- AFC — Akram Afif AFC Player of the Year 2023 (29/10/2024)
- DAZN — Calendrier complet CDM 2026
- Wikipédia — Équipe du Qatar (consulté 01/06/2026)
- Wikipédia — Julen Lopetegui (consulté 01/06/2026)
- Walfoot — Edmilson Junior qualifié pour la CDM 2026 avec le Qatar (15/10/2025)