🇶🇦 Qatar — Les Maroons jouent leur revanche post-2022
Coupe du Monde 2026

🇶🇦 Qatar — Les Maroons jouent leur revanche post-2022

Trois ans et demi après le fiasco de 2022 (pire bilan d'un pays hôte de l'histoire), le Qatar revient. Cette fois qualifié sportivement via l'AFC, désormais coaché par Julen Lopetegui, porté par Akram Afif et Almoez Ali. Mais à 30 jours du Mondial, beaucoup de questions restent ouvertes.

Cyssou de Foot Vertical Rédaction · Foot Vertical
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Groupe B · Coupe du Monde 2026


L’élève qui veut prouver qu’il a vraiment progressé

Trois ans et demi plus tard, le Qatar n’a toujours pas digéré 2022. Et c’est compréhensible.

À l’occasion de leur première Coupe du Monde, organisée chez eux avec un budget faramineux, les Al-Annabi ont signé le pire bilan de l’histoire d’un pays hôte : trois défaites en trois matchs (0-2 vs Équateur, 1-3 vs Sénégal, 0-2 vs Pays-Bas), un seul but marqué, sept encaissés. Les médias internationaux n’avaient pas mâché leurs mots : « l’équipe la plus faible du Mondial« , « sélection pas au niveau« . Pour un pays qui avait fait du football son outil principal de soft power, la gifle était cinglante.

Le Qatar revient. Pas en pays hôte cette fois. Pas par cooptation. Pas par exception. Mais via le processus de qualification standard de l’AFC — une première historique. Et ça, statistiquement, ça change tout.

La qualification : 14 octobre 2025, Doha, le soir où tout a basculé

Quatrième tour des éliminatoires AFC. Stade Jassim-bin-Hamad. Qatar 2-1 Émirats arabes unis, sur deux coups francs d’Akram Afif repris de la tête par Boualem Khoukhi (49e) puis Pedro Miguel (74e). Une victoire serrée, étouffée, mais une victoire. Et le ticket pour le Mondial 2026 dans la poche.

C’est plus qu’une qualification : c’est une validation institutionnelle. Pour la première fois, le projet Aspire — l’académie qatarienne qui forme depuis vingt ans des talents locaux et naturalise stratégiquement à l’étranger — produit une équipe qui passe le test d’une vraie campagne d’élim’. Pas par invitation. Pas pour faire de la figuration. Par mérite (sportif), aussi contestable et discutable que reste le modèle global.

Lopetegui, le nom qui surprend (et qui inquiète)

L’histoire est presque scénarisée. 1er mai 2025 : la fédération qatarienne vire son sélectionneur Luis García après une défaite humiliante 1-3 contre le Kirghizistan (25 mars 2025, à Bichkek) — deux ans seulement après le 2e sacre asiatique consécutif (2023). Christophe Galtier est sondé. Discussions, négociations, échec.

Ce sera Julen Lopetegui, 59 ans, Espagnol, signature jusqu’en 2027 (Coupe d’Asie). Le nom est gros — mais le passif aussi.

Lopetegui c’est : Champion d’Europe U19 (2012) et U21 (2013) avec l’Espagne, formateur réputé. Sélectionneur de la Roja qualifié pour la CDM 2018viré la veille du tournoi pour avoir signé en secret avec le Real Madrid (la séquence la plus célèbre de sa carrière, dans le mauvais sens du terme), où il ne tiendra que 4 mois et demi. Vainqueur de l’Europa League 2020 avec Séville (sa pépite), avec trois tops-4 consécutifs en Liga. Échecs en Premier League avec Wolves (parti en août 2023) puis West Ham (viré le 8 janvier 2025).

Sept matchs officiels à la tête du Qatar : 2 victoires, 2 nuls, 3 défaites. 29% de victoires. Pour un sélectionneur de ce CV à la tête d’une équipe en reconstruction, c’est faible. Lopetegui n’a pas encore trouvé le système qui exploite vraiment ses cadres, et le temps presse. À 30 jours du coup d’envoi, on cherche encore qui jouera devant — et avec quel schéma.

Akram Afif, le Ballon d’or asiatique qui doit porter une nation

Si le Qatar a une chance de marquer ce Mondial, elle s’appelle Akram Afif.

À 29 ans, l’ailier gauche d’Al Sadd est double Ballon d’or asiatique (élu meilleur joueur de l’AFC en 2019, puis à nouveau en 2023, lors de la cérémonie du 29 octobre 2024 à Séoul, devenant le premier Qatari à remporter la distinction deux fois). Technique fine, vision, capacité à porter le ballon, frappe précise des deux pieds — Afif est dans la dimension supérieure des joueurs asiatiques contemporains, sans être pour autant un crack mondial. Le problème : sans lui, le Qatar n’a pas de créateur.

Aux côtés d’Afif, on retrouve les figures connues : Almoez Ali, 29 ans, attaquant d’Al-Duhail et capitaine, meilleur buteur de l’histoire du Qatar (et meilleur buteur de la Coupe d’Asie 2019 avec ses 9 buts, record toujours en place). Mohammed Muntari, vétéran, polyvalent. Le gardien Meshaal Barsham (Al Sadd), titulaire indiscutable.

Et toujours, en filigrane, les naturalisations : Edmilson Junior (né à Liège d’un père brésilien, formé au Standard de Liège, naturalisé qatari en septembre 2024, aujourd’hui à Al-Duhail), Lucas Mendes (défenseur brésilien naturalisé, ex-OM) figurent dans la préliste de 34 joueurs annoncée le 12 mai 2026. Le débat éthique reste entier — mais le règlement FIFA, lui, valide.

Le double sacre asiatique qui change tout (ou pas)

Voici la vraie nuance à apporter au discours « Qatar = équipe faible » : depuis 2019, le Qatar a remporté deux Coupes d’Asie consécutivement (2019 puis 2023, à domicile). C’est un exploit que seul le Japon avait réussi (2000 et 2004). On parle d’un titre continental majeur, devant la Corée du Sud, le Japon, l’Iran, l’Australie.

Donc : le Qatar n’est pas l’équivalent footballistique d’un Panama ou d’un Cap-Vert. Sur la scène asiatique, c’est un vrai poids lourd, qui sait gagner les matchs qui comptent. La question pour 2026 reste : ce niveau asiatique correspond à quel niveau mondial, exactement ? La réponse, en 2022, était : pas grand-chose. La réponse en 2026, à confirmer.

Le calendrier : un programme exigeant, sans match piège évident

13 juin, Santa Clara (Levi’s Stadium) — Suisse : la première sortie. Probablement la plus difficile sur le papier. Une défaite ici, et le scénario 2022 ressurgit.

18 juin (soir local) / 19 juin, Vancouver — Canada : la revanche symbolique. Avantage clair au Canada (à domicile), mais c’est probablement le match à gratter pour le Qatar.

24 juin, Seattle — Bosnie-Herzégovine : la sortie. Probablement déjà éliminés à ce stade, ou alors au contraire en quête d’une qualification miraculeuse. Match à 50/50 sur le papier.

Trois scénarios pour les Maroons

Scénario A — La répétition de 2022. Trois défaites, aucune qualification, retour aux questions structurelles. Le projet Aspire reprend ses recherches.

Scénario B — La performance honorable. Une victoire (probablement contre la Bosnie), deux défaites, sortie au premier tour mais avec dignité. C’est, sans doute, le scénario le plus probable. Et déjà, ça vaudrait quelque chose pour le développement local du football qatarien.

Scénario C — L’exploit. Un nul contre la Suisse, une victoire contre la Bosnie, sortie des poules pour la première fois. Hautement improbable, mais le format à 48 (qualification des 8 meilleurs 3es) ouvre une porte.

À 30 jours du tournoi, les Al-Annabi savent qu’ils n’ont plus rien à prouver côté ressources, méthode ou ambition. Reste à prouver, sur le terrain américain, qu’on peut se qualifier autrement qu’avec un statut d’hôte. Ce qui est, paradoxalement, le défi le plus simple et le plus difficile à la fois.

Lopetegui a 26 joueurs et trois matchs pour réécrire le récit qatarien. Pas une mince affaire.

Et toi, tu y crois à ce Qatar version Lopetegui ? Nouveau fiasco façon 2022, ou enfin une performance honorable qui valide le projet sur le terrain ?


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