Groupe D · Coupe du Monde 2026
5 septembre 2025 : le jour où Asunción est devenue férié
Le sélectionneur n’a pas marqué. Le capitaine n’a pas marqué. Personne, en fait, n’a marqué. Paraguay 0, Équateur 0, à Asunción, dernier match qualificatif sud-américain. Un match qui ressemble à une finale d’ennui, et qui pourtant déclenche le délire le plus complet dans la capitale paraguayenne.
Car ce nul, c’est plus qu’un nul. C’est le 6e match sur 11 sans encaisser de but sous Gustavo Alfaro. C’est la sixième place de la CONMEBOL, la dernière qualificative directe, 8 points devant la Bolivie 7e. C’est, surtout, la fin de 16 ans d’absence en Coupe du Monde. Depuis Afrique du Sud 2010 — l’épopée du quart de finale, l’élimination héroïque contre une Espagne future championne (1-0) — l’Albirroja n’avait plus existé sur la scène mondiale.
À 22h27 ce vendredi 5 septembre 2025, le président Santiago Peña fait une déclaration officielle : « Ce jour devient férié pour célébrer la qualification du Paraguay. » L’Histoire venait d’être réécrite par un nul.
À 30 jours du coup d’envoi, la grande question : que peut vraiment cette équipe en Amérique du Nord ?
Alfaro, l’Argentin qui a tout changé
L’histoire est presque trop belle pour être vraie. Gustavo Alfaro, 63 ans, Argentin, ancien sélectionneur de l’Équateur (CDM 2022) et du Costa Rica, débarque au Paraguay en août 2024 alors que la sélection est en plein naufrage : 3 défaites de suite, 0 victoire sur 6 matchs, des classements catastrophiques, une fédération en crise.
En trois trêves internationales, Alfaro change tout. Il impose un 4-3-3 défensif compact, retourne le pays autour d’une identité claire — la garra guaraní, ce trait collectif de combattivité hérité de la culture historique — et bâtit immédiatement une série de 9 matchs sans défaite. Bilan complet à ce jour : 18 matchs officiels, 8 victoires, 8 nuls, 2 défaites, avec en point d’orgue les victoires symboliques 2-1 contre l’Argentine (qualifs, novembre 2024) et 1-0 contre le Brésil (Defensores del Chaco, juin 2025).
Miguel Almirón, attaquant cadre, l’a dit à CNN en janvier 2026 : « Alfaro nous a changé la mentalité, nous a fait croire plus en nous. Il a redonné à l’équipe paraguayenne son identité, cette garra guaraní. » Pas mal pour quelqu’un qui n’avait pas grandi avec ça.
Le système : verrou défensif et transitions chirurgicales
Le Paraguay version Alfaro n’est pas une équipe sexy. Sur 18 matchs de qualifications, l’Albirroja a marqué 17 buts (médiane sud-américaine) et n’en a encaissé que 10. C’est la meilleure défense du tournoi sud-américain en proportion (1er du ratio).
La signature : 4-3-3 ou 4-4-2 en bloc bas-médian, transitions verticales rapides, jeu direct à l’attaquant axe, exploitation des coups de pied arrêtés (Gustavo Gómez monstre aérien). Pas de possession stérile. Pas d’expérimentations risquées. Du foot pragmatique, brutal, efficace — fútbol del país chico.
Classement FIFA actuel : 40e, soit 1 501 points. C’est l’équipe la moins bien classée du Groupe D, mais c’est précisément ce qui en fait l’épouvantail. Le tirage a placé l’Albirroja dans le chapeau 3, mais sa lecture du match en fait une équipe que personne ne veut affronter.
Les cadres : du vétéran solide à la pépite à 9,5 millions
Gustavo Gómez, capitaine, 32 ans, Palmeiras. 86 sélections, monstre de défense centrale, titres au Paraguay, en Argentine, au Brésil avec Palmeiras, passé par l’AC Milan dans le passé. C’est le patron absolu, le joueur que les Brésiliens et les Argentins respectent en silence. « Si le Paraguay sort de poule, ça sera grâce à Gómez », écrit Sofascore début mars 2026.
Omar Alderete (Sunderland) à ses côtés en défense centrale. Junior Alonso (vétéran), Gustavo Velázquez ou Diego Aguirre en doublure. Une charnière solide, expérimentée, sans star mais sans maillon faible.
Au milieu, Andrés Cubas (Vancouver Whitecaps en MLS) : récupérateur, intelligence du placement, joueur préféré d’Alfaro. Damián Bobadilla (São Paulo) en relayeur. Diego Gómez (Brighton, 23 ans) en milieu offensif, le profil moderne capable de casser des lignes.
Devant : Miguel Almirón, 31 ans, Atlanta United, monument national — titulaire 15 matchs sur 18 en qualifs, l’arme offensive principale, ex-Newcastle mais désormais retourné en MLS pour mieux préparer le Mondial. Julio Enciso, 22 ans, Strasbourg (ex-Brighton, transféré BlueCo en été 2025), 3 buts en qualifs, talent générationnel attendu comme l’imprévisible. Antonio Sanabria (Cremonese), pointe physique, Ramón Sosa (Palmeiras, ex-Nottingham Forest) en alternative.
Et puis le visage de l’avenir : Diego León, 19 ans, latéral gauche né le 3 avril 2007 dans une famille modeste de Colonia Yguazú (cadet de 9 enfants), transféré pour 9,5 millions de dollars de Cerro Porteño à Manchester United à l’été 2025. Sa saison anglaise a été modeste (peu de temps de jeu sous Amorim), mais Alfaro le voit comme un titulaire potentiel au Mondial. La pépite que tout le Paraguay regarde.
Le calendrier : ouvrir contre les USA, finir contre l’Australie
• Samedi 13 juin, 21h CEST (Los Angeles, SoFi Stadium) — États-Unis : LE match d’ouverture pour le Paraguay. À domicile pour les Américains. Pression maximale côté Stars and Stripes. Le scénario rêvé pour des outsiders comme l’Albirroja.
• 19 juin — Turquie : adversaire européen redoutable (Güler, Yıldız, Akgün). Probablement le match-clé pour la qualification.
• 26 juin — Australie : confrontation entre deux outsiders classiques, qui jouent un foot proche (solidité, transitions). Le match qui décidera, sans doute, du 3e ou du 4e du groupe.
À noter : Ancelotti, sélectionneur du Brésil, avait lâché à Alfaro avant la qualification : « Vous avez une équipe solide, on se verra à la Coupe du Monde. » Une déclaration qui restera comme un signal d’estime entre deux Argentins du foot mondial.
Les trois scénarios pour l’Albirroja
Scénario A — La participation honorable. Trois défaites ou un nul, sortie au premier tour. C’est, statistiquement, le scénario le plus probable. Mais après 16 ans d’absence, déjà être là vaudrait quelque chose.
Scénario B — La qualification 1/16. Sortie 2e ou 3e du groupe (avec le format élargi à 48, les 8 meilleurs 3es passent). Alfaro est précisément le coach pour ça : un match propre contre les USA, un nul-victoire contre l’Australie, un combat contre la Turquie. Scénario médian si tout va bien.
Scénario C — Le quart de finale, comme en 2010. Reproduire l’exploit de l’Afrique du Sud, parcours de cheval noir, défaite honorable contre un favori. Hautement improbable, mais Alfaro a déjà battu le Brésil et l’Argentine. Pourquoi pas l’Espagne en 1/8 ?
À 30 jours du tournoi, le Paraguay est probablement le piège n°1 du Groupe D. Pochettino le sait. Almirón le sait. Et tout le pays, depuis ce vendredi 5 septembre 2025 férié, sait que la garra guaraní est revenue.
Il ne reste plus qu’à le rappeler aux 47 autres nations qualifiées.
Et toi, tu vois l’Albirroja où dans ce Mondial ? Cheval noir surprise version 2010 bis, ou élimination prévisible au premier tour ?
📚 Sources
- beIN SPORTS — Paraguay qualifié 16 ans après (05/09/2025)
- Goal.com — Équipe du Paraguay pour CDM 2026 (12/05/2026)
- Sofascore — Paraguay Mondial 2026 Preview (05/03/2026)
- CMonClubDeFoot — Paraguay attente du tirage (29/11/2025)
- CNN Español — Interview Miguel Almirón (14/01/2026)
- AnaliticaFantasy — Préliste Paraguay 55 joueurs (12/05/2026)
- Asuncion Times — Diego León transfert Manchester United (10/07/2025)
- FourFourTwo — Paraguay World Cup 2026 squad (mai 2026)