Capitaine Égypte 33 ans, Liverpool depuis 2017, vainqueur LDC 2018-19 + 3× PL. Zéro CAN, zéro huitième CDM moderne. Salah peut-il offrir l'Égypte au sommet collectif, ou trajectoire "tout gagné sauf en sélection" restera comme inachevé ?
Né le 15 juin 1992 à Nagrig (gouvernorat de Gharbia, Égypte). 33 ans. Ailier droit / faux 9, gaucher, 1m75. Capitaine de l’Égypte depuis 2017, capitaine de Liverpool depuis 2024 (succession Henderson via Van Dijk). Club actuel : Liverpool (Premier League) depuis l’été 2017. Numéro 11.
Salah, c’est le Roi égyptien qui n’a jamais soulevé la Coupe d’Afrique des Nations et qui n’a jamais passé le 1er tour en Coupe du Monde. Et 2026 est probablement sa dernière chance — dans une saison de club marquée par le deuil et l’effondrement collectif.
Sur le papier, le palmarès en club est éblouissant. 9 saisons à Liverpool (record absolu pour un joueur africain dans un club européen Tier S), 2 Premier League (2019-20 avec Klopp qui brise 30 ans d’attente, et 2024-25 sous Slot où il termine top-scorer historique du club). Champions League 2018-19 (finale 2-0 contre Tottenham à Madrid, but sur penalty à la 2e minute). 3× Soulier d’or Premier League (2017-18, 2018-19, 2021-22) — c’est le record absolu pour un joueur africain en Premier League, jamais égalé par Drogba, Mané ou aucun autre. Probablement l’un des trois meilleurs joueurs africains de l’histoire avec Drogba et Yaya Touré.
Mais avec l’Égypte, le bilan est cruel. CDM 2018 en Russie (sa première Coupe du Monde) : il arrive diminué après l’agression Sergio Ramos en finale LDC mai 2018 (épaule luxée), 3 matchs joués au rabais, élimination 1er tour. CAN 2021 (en 2022) : finaliste, défaite tirs au but contre le Sénégal de Mané (0-0 puis 4-2 tab). Finale CAN décrochée encore, pas de couronne nationale. CAN 2023 (en CDI 2024) : élimination 1/8 contre la RDC aux tab. Et donc, CDM 2026 = potentiellement la dernière Coupe du Monde de Salah à 34 ans en juin.
La question qui fâche : est-ce que Mohamed Salah peut enfin offrir à l’Égypte le sommet collectif qu’il a tant attendu, ou est-ce que la trajectoire personnelle (titres en club + zéro en sélection) restera comme un goût d’inachevé éternel ? Parce que l’Égypte vit un paradoxe : 7 CAN remportées (record africain, dernière en 2010, avant l’ère Salah), seulement 4 CDM disputées dans l’histoire (1934, 1990, 2018, 2026), zéro passage en huitièmes en CDM moderne. Le poids des attentes nationales est énorme. À Liverpool, Salah est un dieu local. En Égypte, il est littéralement un dieu national (rues, écoles, fresques, c’est l’Égyptien le plus connu du monde après les pharaons).
On aime tout chez Salah : sa longévité au top niveau (33 ans, encore top-scorer Liverpool 2024-25 sous Slot avec 29 buts + 18 assists en PL, 3e Soulier d’or de sa carrière), sa frappe gauche enroulée des 20 mètres (signature shot), sa modestie post-match qui contraste avec son statut de superstar, ses œuvres caritatives en Égypte (écoles, infrastructures à Nagrig, son village d’origine). On aime aussi qu’il ait refusé Manchester City et le PSG à plusieurs reprises pour rester fidèle à Liverpool. Mais on se demande : est-ce que ses jambes — et son cœur — vont tenir un Mondial à 34 ans, après une saison 2025-26 marquée par la perte d’un ami proche et l’effondrement collectif d’un Liverpool en deuil ?
Et surtout : est-ce que l’éternel poids des attentes nationales ne va pas finir par lui coûter le tournoi de la rédemption ?
Le 3 juillet 2025, Diogo Jota meurt dans un accident de voiture en Espagne, à 28 ans, avec son frère André Silva. Cinq saisons à Liverpool, 65 buts, 3 trophées majeurs, un rôle clé dans le titre Premier League 2024-25. Pour Mohamed Salah, c’est plus qu’un coéquipier qui disparaît — c’est un ami proche. Toute la saison 2025-26 de Liverpool est marquée par cette absence. Arne Slot dira aux joueurs « vous pouvez vous entraîner ou non, jouer ou non, selon ce que vous ressentez ». Le maillot n°20 de Jota est retiré symboliquement, les fans chantent « Title 21 for our No.20 », Andy Robertson craque en larmes mi-novembre après la qualification écossaise pour la CDM : « Je n’arrivais pas à sortir mon ami Diogo Jota de ma tête. »
Sportivement, l’effondrement est brutal. Après 7 victoires consécutives en début de saison, 4 défaites d’affilée puis 6 défaites en 7 matchs, dont une déroute 3-0 contre Manchester City. La défense du titre est en lambeaux, 8 points de retard sur Arsenal à mi-saison. Pour Salah personnellement : 9 buts + 8 assists en 32 matchs toutes compétitions à mi-mars 2026 selon Opta — il en avait à peu près autant en 16 matchs la saison précédente. Sa pire saison à Liverpool depuis son arrivée en 2017. 4e seulement au Ballon d’Or 2025 (Dembélé vainqueur), classement choquant après ses 57 goal involvements 2024-25. Phase d’automne désastreuse : 7 matchs sans marquer, Slot reconnaît « He’s out of form, but he’s human », Jamie Carragher demande qu’il soit mis sur le banc.
Les causes tactiques se cumulent au deuil : départ de Trent Alexander-Arnold au Real Madrid (100M€) qui prive Salah de son fournisseur historique (147 line-breaking passes la saison passée, Conor Bradley son remplaçant en a délivré 10 seulement). Arrivées Florian Wirtz, Hugo Ekitike, Alexander Isak qui décentralisent l’attaque autour d’un nouveau n°10. Touches dans la surface adverse en chute libre : 9,6 par 90 min en 2024-25, 5,5 cette saison. Salah dribble moins et moins bien (3,5 tentatives à 39% l’an passé → 1,6 à 20% cette saison). Slot insiste publiquement : « Nous n’utiliserons jamais la mort de Jota comme excuse », mais il reconnaît aussi que « l’impact sur les joueurs et les résultats est impossible à mesurer ». Mi-février 2026, signes de réveil : 6 buts en 6 matchs (dont but + passe + penalty vs Brighton en FA Cup). Mais le redressement reste fragile à l’approche du Mondial.
Avec l’Égypte : capitaine, leader vocal absolu sous Hossam Hassan (sélectionneur Égypte depuis 2024), présent à tous les rassemblements. Retour de la CAN 2025 au Maroc (élim demi-finale par le Sénégal de Mané, 1-3) qui a accentué sa fatigue physique et mentale avant le retour en club.
Formé à l’El Mokawloon au Caire, transféré au Bâle suisse en 2012 à 19 ans. Chelsea en 2014 (raté sous Mourinho), prêts Florence puis Roma 2015-17 (révélation Serie A, 19 buts en 2016-17). Liverpool 2017 pour 42M€ sous Jürgen Klopp. Carrière Liverpool éblouissante : Soulier d’or européen 2017-18 (32 buts PL, record partagé), Champions League 2018-19, Premier League 2019-20 (titre 30 ans après la dernière), Coupe d’Angleterre 2021-22, Coupe de la Ligue 2× (2021-22, 2023-24), Premier League 2024-25 sous Slot (top-scorer historique Liverpool, 3e Soulier d’or PL de sa carrière). Capitaine Liverpool depuis 2024.
Avec l’Égypte : plus de 105 sélections, plus de 60 buts (top-scorer historique des Pharaons), capitaine depuis 2017. CDM 2018 Russie (blessé, élim 1er tour). CAN 2017 finaliste, 2019 (1/8), CAN 2021 finaliste (défaite Sénégal tab), 2023 (1/8 RDC), CAN 2025 demi-finaliste (élim Sénégal 1-3). Qualif CDM 2026 : 1er groupe Afrique sans frayeur, retour Mondial après 8 ans.
En club avec Liverpool : Champions League 2018-19, Supercoupe UEFA 2019, Coupe du Monde des Clubs 2019, 2× Premier League (2019-20, 2024-25), Coupe d’Angleterre 2021-22, 2× Coupe de la Ligue. Roma : finaliste Serie A. En sélection : 2× finaliste CAN (2017, 2021). Distinctions : 3× Soulier d’or Premier League (2017-18, 2018-19, 2021-22) — record africain absolu en PL, Soulier d’or européen 2017-18, 2× Joueur africain de l’année (2017, 2018), 2× PFA Players’ Player, Premier League Player of the Season 2024-25.
2e Coupe du Monde à 34 ans (il aura 34 le 15 juin pendant le tournoi), première en bonne santé après 2018 ratée pour blessure. Sous Hossam Hassan (légende attaquant égyptien des années 90, sélectionneur depuis 2024). Égypte tête de série basse du Groupe G, 2e force derrière la Belgique de Doku, devant l’Iran et la Nouvelle-Zélande. Objectif réaliste : sortir du groupe (premier huitième moderne pour l’Égypte), viser un quart serait la performance du siècle.
L’enjeu personnel : offrir à l’Égypte au moins un huitième moderne en Coupe du Monde, après 8 années de frustration depuis Russie 2018. Si Salah marque dans les phases finales (au-delà du 1er tour), il intègre l’imaginaire mondial du foot et du Mondial — pas seulement africain. Si l’Égypte sort en 1er tour, on retiendra que la « génération Salah » aura tout gagné sauf en équipe nationale. À 34 ans, après une saison de club qui ressemble au début d’une fin et marquée par un deuil intime, c’est probablement sa dernière chance. Le Mondial 2026 est SON moment, et tous les Égyptiens le savent. Avec, peut-être, un n°20 invisible dans la tête au moment de fouler la pelouse en juin.