Ce soir 20h45, Bollaert. Nantes joue à Lens un match qu’on appelle pudiquement « décisif ». La vérité, c’est que c’est un match de la dernière chance. Et au-delà du résultat sportif, ce soir on assiste à un truc plus profond : la convergence finale de toutes les fissures qui rongent ce club depuis des années. Faut qu’on en parle.
L’équation maintien : tout doit s’aligner, et même là c’est pas gagné
Soyons clairs sur le contexte mathématique. Nantes est 17e avec 5 points de retard sur Auxerre (place de barragiste). Pour espérer rester en Ligue 1, il faut :
- Gagner ce soir à Lens (J33)
- Gagner contre Toulouse à la Beaujoire le 17 mai (J34)
- ET espérer qu’Auxerre perde ses deux derniers matchs
Combo qui dépend autant des Canaris que des résultats des autres. Pas confortable. Et même en cas de réussite parfaite, on parle d’un barrage de relégation, pas d’un maintien direct. Le scénario le plus optimiste, c’est encore deux matchs supplémentaires de stress aigu fin mai contre un club de Ligue 2.
Petit espoir tout de même : la victoire 3-0 contre l’OM le week-end dernier. Cabella retrouvé, Halilhodzic qui presse les boutons. Bref, une dynamique. Faible base, mais base.
Lens absent partout, mais quand même favori
L’autre raison d’espérer pour les Canaris, c’est l’infirmerie lensoise. Les Sang et Or vont devoir composer avec :
- 3 suspendus : Saud Abdulhamid, Mamadou Sangaré, Adrien Thomasson
- 2 forfaits par précaution : Florian Thauvin et Allan Saint-Maximin (préservés pour la fin de saison)
- 2 blessés longue durée : Régis Gurtner et Jonathan Gradit
Bref, les deux ailes offensives décimées, le milieu déséquilibré. Pierre Sage va devoir bricoler avec Sotoca, Saïd, Sima et compagnie. Sur le papier, Nantes a une vraie fenêtre de tir. Sur le terrain, faut quand même rappeler que Lens est 2e de Ligue 1 avec 64 points, qu’un point ce soir leur suffit pour valider la qualif Champions League, et que Bollaert reste l’un des stades les plus chauds de France.
L’opportunité existe, oui. Mais c’est pas du « Lens-Vendée Poiré » non plus. Faudra tout sortir.
Pendant ce temps-là, dans les coulisses : le naufrage Kita en trois actes
Et c’est là que ça devient pathétique. Parce qu’à 24h d’un match qui peut envoyer le club en Ligue 2, le focus médiatique nantais n’est pas sur le terrain. Il est sur trois témoignages convergents, sortis en deux semaines, qui dressent collectivement le portrait d’une gouvernance à la dérive.
Acte 1 — Kita allume tout le monde dans Eurosport (24 avril)
Le 24 avril, Waldemar Kita balance dans Eurosport un entretien-fleuve. Au programme :
- Il qualifie son ancien entraîneur Luis Castro « d’éducateur » incapable de réussir au haut niveau
- Il dit que Castro « va faire descendre deux clubs dans la même année » (avec Levante en Liga)
- Il avoue avoir limogé Castro après un échange avec le staff médical qui lui aurait dit « Président, il faut absolument changer cet entraîneur, on va à la catastrophe »
- Il accuse Drouet (l’ex-recruteur) d’avoir « comploté » avec Castro pour faire passer ses choix
Sortie violente, à un moment où le club joue sa peau. Et qui déclenche, dans les jours qui suivent, une réaction en chaîne qu’il n’avait probablement pas vue venir.
Acte 2 — Castro menace, le médecin démissionne
Première conséquence : Luis Castro menace de poursuites judiciaires via son entourage. Le portugais, aujourd’hui à Levante, refuse de laisser passer les attaques sur son professionnalisme.
Deuxième conséquence, plus lourde : Nicolas-Pierre Bernot, kiné et coordinateur du staff médical (donc l’homme dans la cible directe de Kita), annonce sa démission le 30 avril. Il publie un communiqué furieux : « Les reproches qui me sont faits ne reflètent absolument pas la réalité (…) je suis profondément triste et déçu d’être positionné en bouc émissaire. »
Face au cocktail (menace juridique + démission publique), Kita publie quelques jours plus tard un communiqué de rétropédalage sur le site officiel : « Certains de mes propos ont fait l’objet d’interprétations qui ne correspondent pas à ma pensée. Je n’ai aucune animosité vis-à-vis de Luis Castro. » L’extincteur, trois jours après l’incendie qu’il a lui-même allumé.
Acte 3 — Drouet sort du silence : l’interview SoFoot qui change tout
Et là, c’est le coup de grâce. Cette semaine, Baptiste Drouet sort une interview-fleuve dans SoFoot. Trois heures d’entretien, réalisées le 7 mai, où l’ancien recruteur ne règle pas ses comptes au sens classique, mais dézingue méthodiquement les mécanismes pourris du club. Et là, ce sont les chiffres et les anecdotes qui font tout le boulot.
Sur les moyens donnés : « On a baissé la masse salariale de 40 %, on a vendu pour 40 millions, et on a acheté pour zéro. » Drouet rappelle qu’il y a « 90% de corrélation entre le classement et la masse salariale d’un club. » Traduction : Kita a voulu un budget de barragiste, il a obtenu un classement de barragiste. Pas de quoi accuser le coach.
Sur le choix Castro : Drouet assume avoir proposé le nom, mais précise que la décision finale appartenait à la direction. Et il glisse cette phrase à méditer : « Le regret, c’est le temps qui lui a été laissé. » Castro avait été viré après 15 matchs.
Sur le staff médical : Drouet confirme noir sur blanc que c’est bien un membre du corps médical qui a appelé Kita pour exiger le départ de Castro. « Ce sont des gens qui veulent protéger leur place. » On parle plus de rumeurs : un ancien dirigeant du club confirme l’ingérence interne dans les choix sportifs.
Sur l’absence de directeur sportif : « Le projet sportif repose sur le coach. Il y a Franck Kita sur l’opérationnel, mais il ne définit pas un cap sportif. Ça crée des projets très court-termistes. » Diagnostic implacable.
L’anécdote qui tue : Drouet raconte que le responsable de la formation, Matthieu Bideau, avait appelé directement Kita pour lui dire de ne pas signer Matthis Abline. Bilan ? Abline a été signé quand même (en prêt, donc sans risque), et il est devenu le plus gros achat de l’histoire du FC Nantes (10 millions d’euros). Comme synthèse du fonctionnement du club, on fait pas mieux.
La phrase manifeste qu’il faut graver : « On garde des gens qui ne mettent pas le club avant tout, ce qui finit par avoir une influence à tous les étages. » Tu peux pas trouver meilleure synthèse du naufrage nantais.
Pour rappel, on parle là d’un président qui dirige son club depuis Paris, qui en est à son troisième entraîneur de la saison (Castro → Kantari → Halilhodzic), qui a viré son recruteur en février sans le remplacer, et qui voit en deux semaines : son ex-coach menacer de le poursuivre, son kiné-coordinateur démissionner publiquement, et son ex-recruteur sortir une interview qui dézingue 19 ans de gouvernance. À 24h du match du maintien.
Et là, j’ose la question taboue : le maintien servirait à quoi ?
OK, accroche-toi parce que ça va piquer. Mais faut qu’on se la pose, cette question.
Imaginons. Nantes gagne ce soir, gagne contre Toulouse, Auxerre se vautre. Maintien via barrages. Champagne, kop hystérique, on reste en Ligue 1. Et ensuite ?
Ensuite, on a :
- Le même président qui dirige le club depuis 19 ans
- Le même président qui méprise publiquement ses entraîneurs et ses recruteurs
- Le même fonctionnement « gestion à distance depuis Paris »
- Aucun directeur sportif, aucun cap défini, comme l’a confirmé Drouet
- Halilhodzic en CDD, Pantaloni qui a refusé le projet en mai parce que « manque de structure »
- Une Brigade Loire qui chante « Casse-toi Waldemar » à chaque match
- Un budget mercato 2026 qui sera, encore, à minima
- Les mêmes « gens qui ne mettent pas le club avant tout », dixit l’ancien recruteur
Quel projet sportif sain peut émerger de ce contexte ? Aucun. Le maintien, dans l’état actuel des choses, ce serait juste repousser l’inévitable d’un an. On rejoue la même saison la saison prochaine, avec un effectif un peu plus jeune, un président un peu plus rance, des supporters un peu plus écœurés. Et on revient devant la même falaise en mai 2027.
C’est moche à dire, mais une descente en Ligue 2 serait peut-être l’électrochoc qui forcerait la vente du club. Parce que la Ligue 2, ça fait perdre énormément d’argent. Et les Kita, dans un club avec une billetterie morne, des droits TV inéxistants, des partenaires qui se cassent, ça leur ferait peut-être enfin réfléchir à céder. Drouet, dans son interview, cite le modèle Le Havre comme inspiration : « Sa force, c’est qu’il y a un chef, Mathieu Bodmer. Les gens partagent sa vision. » À Nantes, il n’y a ni chef sportif, ni vision. C’est ça qu’il faut reconstruire. Et ça ne se reconstruit pas avec les Kita en place.
Je sais, je sais. C’est facile à écrire pour quelqu’un qui n’est pas supporter du FCN. Une saison de Ligue 2, c’est pas anodin. Pour les joueurs (qui partent tous), pour les abonnés (qui voient des matchs contre Pau ou Concarneau), pour la marque-club (qui prend un coup terrible). Et il n’y a aucune garantie que le rebond se fasse vite — voir l’ASSE et Reims qui galère un peu cette année.
Mais voilà la question qu’il faut se poser honnêtement, supporter ou pas : vaut-il mieux vivre dix ans en Ligue 1 sous Kita, ou deux ans en Ligue 2 sans lui ?
Mon pronostic ce soir, et mon pronostic pour la saison
Pour ce soir, j’y crois pour Nantes. courte victoire à Lens. 1-2 ou 0-1 pour les Canaris. Halilhodzic connaît trop bien ce type de match couperet, l’effectif lensois est rafistolé, et la dynamique post-OM est réelle. Je dis : Nantes ramène quelque chose de Bollaert.
Pour la saison, c’est plus compliqué. Le combo « 2 victoires + 2 défaites Auxerre » est statistiquement faible. Je vois plutôt une relégation en mai, et même si barrage, contre une équipe de L2 type Reims ou Saint-Étienne, Nantes pourrait craquer.
Mais qu’il y ait maintien ou pas, je le redis : tant que la gouvernance reste en place, l’horizon est bouché. Et c’est ça, la vraie demi-finale que doit jouer le FCN. Pas Lens, la sortie des Kita.
Et toi, tu en penses quoi ?
Vous voyez Nantes faire le hold-up ce soir à Bollaert ? Et la question taboue : maintien souhaitable, ou descente nécessaire pour que ce club retrouve un avenir ? Je sais que c’est dur à entendre pour les supporters, mais c’est une vraie question qu’on doit pouvoir se poser dans le football moderne.
Balance ton avis en commentaire. Et bon courage aux Canaris ce soir, vraiment. ⚽