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Je vous l’Ă©crivais dans notre hub du Groupe A : l’avantage du terrain serait total. Pour le coup d’envoi de ce Mondial Ă 48, l’Azteca a tenu toutes ses promesses — et le Mexique aussi. Victoire 2-0 contre l’Afrique du Sud, maĂ®trise de bout en bout, et un deuxième but qui m’a serrĂ© la gorge : RaĂşl JimĂ©nez, de la tĂŞte. On y reviendra, parce que ce but-lĂ raconte une histoire que peu de footballeurs ont survĂ©cu Ă Ă©crire.
Le match : une fête éclair, puis un combat
Il a fallu neuf minutes. Neuf minutes pour que l’Azteca, trois fois théâtre d’ouverture de Coupe du monde, explose une nouvelle fois : Julián Quiñones, servi en position idĂ©ale, a glissĂ© sa frappe entre les jambes du gardien sud-africain (9ᵉ). Le scĂ©nario cauchemar pour des Bafana Bafana venus pour rĂ©sister, et le scĂ©nario rĂŞvĂ© pour un Mexique qui jouait gros — quatorzième nation FIFA contre la soixantième, mais surtout un pays entier qui retenait son souffle depuis des mois.
La suite a confirmĂ© le rapport de force. Monopole du ballon cĂ´tĂ© mexicain, bloc sud-africain qui recule, et la rencontre qui bascule dĂ©finitivement juste après la pause : Sphephelo Sithole est expulsĂ© pour une faute sur Brian GutiĂ©rrez (50ᵉ). Ă€ dix, l’Afrique du Sud a cessĂ© d’exister offensivement, et le deuxième but est tombĂ© avec une logique implacable — un joli mouvement collectif, un centre de Roberto Alvarado, et la tĂŞte de JimĂ©nez (67ᵉ).
La fin de match a virĂ© au combat : Themba Zwane exclu après intervention du VAR pour un geste sur le visage d’Alvarado (84ᵉ), puis le dĂ©fenseur mexicain CĂ©sar Montes Ă son tour expulsĂ© pour avoir coupĂ© un contre de Mudau (90ᵉ+2). Trois rouges, une Afrique du Sud finie Ă neuf, un Mexique Ă dix — mais l’essentiel Ă©tait ailleurs : El Tri a lancĂ© son Mondial Ă domicile sans trembler une seconde.
Le focus : RaĂşl JimĂ©nez, le miraculĂ© de l’Azteca
ArrĂŞtez-vous deux secondes sur l’image : RaĂşl JimĂ©nez, 35 ans, qui s’Ă©lève au second poteau et marque de la tĂŞte, Ă l’Azteca. Ce stade, c’est celui de ses dĂ©buts — le gamin de Tepeji del RĂo, formĂ© au Club AmĂ©rica, y a inscrit ses premiers buts professionnels en 2011, devant ces mĂŞmes tribunes. Et ce geste, la tĂŞte, c’est prĂ©cisĂ©ment celui qui a failli lui coĂ»ter la vie.
Remontons le fil. Après AmĂ©rica, l’Europe l’accueille froidement : une saison d’apprentissage Ă l’AtlĂ©tico de Madrid, oĂą il joue des miettes, puis Benfica, oĂą il gagne des titres mais reste un joker de luxe. C’est Ă Wolverhampton, en 2018, que sa carrière dĂ©colle vraiment : prĂŞtĂ© puis achetĂ© pour un montant record du club, il devient l’un des meilleurs avant-centres de Premier League — 17 buts en championnat sur la saison 2019-20, des nuits europĂ©ennes, un profil complet de pivot buteur que toute l’Angleterre lui envie.
Et puis il y a le 29 novembre 2020, Ă l’Emirates Stadium. Cinquième minute d’un Arsenal-Wolves, un duel aĂ©rien avec David Luiz, un choc tĂŞte contre tĂŞte d’une violence inouĂŻe. Fracture du crâne, saignement au cerveau, opĂ©ration d’urgence dans la nuit. Les mĂ©decins le lui diront plus tard sans dĂ©tour : c’est un miracle qu’il soit en vie. Pendant des mois, la question n’est plus de savoir s’il rejouera au football, mais s’il vivra normalement.
Neuf mois plus tard, il dispute l’intĂ©gralitĂ© du premier match de la saison 2021-22 contre Leicester, avec ce bandeau de protection noir devenu sa signature — il le portera jusqu’Ă la fin de sa carrière. Il faut mesurer ce que ça signifie : un attaquant dont le jeu de tĂŞte Ă©tait l’arme principale, qui doit rĂ©apprendre Ă jouer chaque duel aĂ©rien avec, dans un coin du crâne, le souvenir de celui qui a failli le tuer. Beaucoup auraient rangĂ© les crampons. Lui a continuĂ©, est reparti se relancer Ă Fulham en 2023, et n’a jamais cessĂ© de marquer pour le Mexique — jusqu’Ă ce but en finale de Gold Cup l’Ă©tĂ© dernier, dĂ©diĂ© maillot en main Ă son frère de Wolverhampton, Diogo Jota, disparu quelques jours plus tĂ´t. Cet homme-lĂ a passĂ© sa carrière Ă rendre au football plus que ce que le football lui a pris.

Marquer de la tĂŞte, Ă l’Azteca, dans le stade de ses dĂ©buts, six ans après ĂŞtre passĂ© Ă cĂ´tĂ© de la mort — il n’y a que le football pour Ă©crire des histoires pareilles.Cyssou, Ă propos de RaĂşl JimĂ©nez
Alors oui, hier soir, quand le centre d’Alvarado est arrivĂ© au second poteau et que JimĂ©nez a armĂ© sa tĂŞte comme il l’a fait dix mille fois, j’ai pensĂ© Ă tout ça en mĂŞme temps que l’Azteca rugissait. Ă€ 35 ans, pour ce qui sera très probablement son dernier Mondial — et le seul Ă la maison —, le miraculĂ© a ouvert son compteur dès le premier soir. Si vous cherchez le visage de ce Mexique 2026, ne cherchez plus.
Ce que ça dit pour la suite
Mon pronostic du Groupe A ne pouvait pas mieux dĂ©marrer : le Mexique et la CorĂ©e du Sud — tombeuse de la TchĂ©quie au caractère — comptent chacun trois points, exactement le duo que je voyais sortir. Et le calendrier nous offre dĂ©jĂ le sommet : Mexique-CorĂ©e du Sud, dans la nuit du 18 au 19 juin Ă Guadalajara, un duel direct pour la première place. La pression du match d’ouverture Ă©vacuĂ©e, avec un public pareil et un JimĂ©nez lancĂ©, El Tri a tout pour viser enfin ces quarts de finale qui le fuient depuis 1986.
Ă€ toi de jouer
Et toi, tu vois El Tri briser enfin la malédiction des huitièmes devant son public ? Et Jiménez, tu le sens partir pour le Mondial du grand adieu — ou pour celui de la consécration ?
📚 Sources
- Eurosport — Mexique-Afrique du Sud (2-0), le récit
- franceinfo — le direct du match d’ouverture
- France 24 — cĂ©rĂ©monie et match d’ouverture
- Sky Sports — JimĂ©nez : « un miracle d’avoir survĂ©cu »
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