C’est l’équipe qui ouvre la Coupe du Monde 2026 face au Mexique le 11 juin à l’Azteca. Et c’est aussi celle qu’on a oubliée pendant 16 ans. Les Bafana Bafana, « les garçons » en zoulou, font leur retour sur la scène mondiale après une parenthèse interminable. Quatrième participation seulement, dans une histoire footballistique qui a longtemps été éclipsée par l’apartheid puis par les difficultés sportives. Et pourtant, l’Afrique du Sud reste l’un des pionniers fondateurs du foot africain. Décryptage.
L’Afrique du Sud et la Coupe du Monde : une histoire écrite par l’Histoire
L’histoire footballistique sud-africaine est inséparable de la grande Histoire de leur pays. La South African Football Association (SAFA) est en fait la première fédération non-européenne à avoir rejoint la FIFA, en 1910. Pionnier absolu du foot continental, le pays se retire en 1926, est réintégré en 1951, mais sera suspendu en 1961 puis expulsé en 1976 en raison de l’apartheid. Pendant 16 longues années, l’équipe nationale n’existe simplement pas sur la scène mondiale. Aucun Mondial, aucune CAN, rien.
Tout change le 9 juillet 1992 : premier match international post-apartheid contre le Cameroun. Le journaliste sportif Sibusiso Mseleku, en commentaire direct, encourage l’équipe en répétant « Bafana Bafana » — « les gars, les gars » en zoulou. Le surnom restera, devenant l’identité de toute une génération.
Et la machine se remet en marche très vite. En 1996, l’Afrique du Sud organise et remporte la CAN à domicile. Le moment iconique : Nelson Mandela qui remet le trophée au capitaine Neil Tovey, vêtu d’un maillot vert et or aux motifs géométriques restés historiques. Le pays connaît son premier sommet sportif post-apartheid. Le foot rejoint la légende du rugby des Springboks gagnant le Mondial 1995.
Et puis, la Coupe du Monde. Trois participations consécutives avant cette renaissance :
- France 1998 : première participation, élimination en phase de groupes (3 matchs nuls avec l’Arabie Saoudite, le Danemark, la France)
- Corée/Japon 2002 : élimination en poule à la différence de buts (un point près)
- Afrique du Sud 2010 : leur Mondial, comme premier pays africain hôte de l’histoire
Et là, l’un des plus grands paradoxes de l’histoire des Mondials. En 2010, l’Afrique du Sud organise une compétition mondialement saluée — vuvuzelas, ambiance dingue, but mythique de Siphiwe Tshabalala dès l’ouverture face au Mexique (1-1, premier but du Mondial). Mais sportivement, l’équipe sombre : première équipe hôte de l’histoire de la Coupe du Monde à ne pas passer les phases de groupes. 4 points (1 victoire vs France, 1 nul vs Mexique, 1 défaite vs Uruguay), mais éliminée à la différence de buts. Un record dont personne n’aurait voulu.
Après ça, le grand vide. 2014, 2018, 2022 : non qualifiés. Seize ans sans Coupe du Monde. Le foot sud-africain s’essouffle, le championnat domestique perd en influence, la sélection enchaîne les sélectionneurs sans cap clair. Jusqu’à l’arrivée du Belge Hugo Broos en 2021, ancien vainqueur de la CAN 2017 avec le Cameroun, qui va relancer la machine.
Le contexte 2026 : une renaissance arrachée
Octobre 2025, victoire 3-0 contre le Rwanda à Nelspruit. Buts de Lyle Foster, Percy Tau et Themba Zwane. L’Afrique du Sud valide sa qualification pour le Mondial 2026 et termine en tête de son groupe CAF… après une frayeur folle.
Parce qu’oui, la qualification n’a pas été tranquille. En septembre 2025, les Bafana Bafana se voient retirer une victoire 2-0 sur tapis vert contre le Lesotho — un match disputé en mars où ils avaient aligné un joueur suspendu. Le résultat est transformé en forfait 0-3, et le Bénin passe en tête à la différence de buts. Pendant quelques semaines, l’Afrique du Sud n’était mathématiquement plus qualifiée. Il a fallu un dernier match parfait, face au Rwanda, et un Bénin balayé 4-0 par le Nigeria pour décrocher le ticket. L’Histoire tenait à un fil.
Le 11 juin 2026, à 21h heure française (13h heure locale, Mexico), c’est à eux qu’incombe la mission ouvertement complexe d’ouvrir la 23e Coupe du Monde de l’histoire face au pays hôte mexicain. A l’Estadio Azteca, devant un public chauffé à blanc. Pas l’idéal pour un retour de 16 ans. Mais après tout, en 2010, leur premier match avait aussi été un match d’ouverture, et ils avaient ouvert le score contre… le Mexique. Le destin a parfois ces ironies-là. Bonne nouvelle pour le téléspectateur français : on est en plein prime-time.
Pour les nostalgiques : le ministre des Sports Gayton McKenzie a annoncé que les joueurs de l’épopée 2010 effectueront le déplacement aux États-Unis pour soutenir les Bafana Bafana. Siphiwe Tshabalala, Bernard Parker et compagnie de la génération qui avait fait vibrer le pays seront dans les tribunes. Un passage de témoin émotionnel entre deux générations.
Et toi, tu en penses quoi pour l’Afrique du Sud en 2026 ?
Tu vois les Bafana Bafana enfin sortir d’une phase de groupes (ce qu’ils n’ont jamais fait en CDM), ou tu pars sur une élimination logique face à des adversaires bien plus aguerris ? Et leur match d’ouverture contre le Mexique (11 juin, 21h heure française) : la pression du pays hôte ou le retour mythique d’une nation en mal de Mondial ? Balance ton avis en commentaire. ⚽