Coupe du Monde 2026

🇺🇸 États-Unis — La pression d’un Mondial Ă  domicile (et d’un prĂ©sident qui regarde)

À 10 jours du Mondial à domicile, le Team USA de Mauricio Pochettino doute. Bilan en demi-teinte (14V/2N/9D), humiliation 2-5 contre la Belgique le 28 mars à Atlanta, Pulisic muet depuis 19 matchs, et Tanner Tessmann écarté à la surprise générale lors de la liste finale annoncée le 26 mai à New York. Mais une génération mature (McKennie, Adams, Balogun, Pepi) et un objectif clair : atteindre les quarts de finale, premiers depuis 2002.

Cyssou de Foot Vertical Rédaction · Foot Vertical
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🇺🇸 États-Unis — La pression d’un Mondial Ă  domicile (et d’un prĂ©sident qui regarde)

Groupe D · Coupe du Monde 2026


Quand le Mondial Ă  la maison devient politique avant d’ĂŞtre footballistique

Il y a deux ans, l’idĂ©e semblait gĂ©niale. Embaucher Mauricio Pochettino, l’Argentin virĂ© de Chelsea en mai 2024, Ă  la tĂŞte du Team USA pour prĂ©parer le Mondial Ă  la maison. Un coach de classe mondiale, passĂ© par Tottenham, le PSG, Chelsea, finaliste de Ligue des Champions, formateur rĂ©putĂ©. Salaire mirobolant, contrat jusqu’Ă  la CDM 2026, mission claire : faire enfin franchir aux États-Unis le plafond des quarts de finale, jamais atteint depuis 2002.

Ă€ 10 jours du coup d’envoi, l’idĂ©e est devenue compliquĂ©e. Et le terrain n’explique qu’une moitiĂ© du problème.

8 dĂ©cembre 2025, Kennedy Center. Pochettino se fait photographier avec Donald Trump et Gianni Infantino, prĂ©sident FIFA. LĂ©gende sobre sur Instagram : « Unis alors que nous prĂ©parons la grande Coupe du Monde 2026 ». Sous-texte limpide : l’Argentin Ă©volue dĂ©sormais sur une ligne de crĂŞte politique permanente. Le soccer amĂ©ricain, sport historiquement de la diversitĂ©, des Latinos, des expatriĂ©s, devient un outil de soft power dans un pays oĂą la politique migratoire s’est durcie. Et son coach est lui-mĂŞme un Ă©tranger.

Ă€ la question d’un journaliste sur le Panama (futur adversaire), Pochettino rĂ©pondra cette saillie restĂ©e fameuse : « Nous voulons dĂ©truire le Panama. Mais quand je dis dĂ©truire, c’est sportivement. » L’art de la diplomatie sur le fil du rasoir.

Le bilan Pochettino : du chaud, du froid, du très froid

Bilan global depuis septembre 2024 : 25 matchs officiels, 14 victoires, 2 nuls, 9 défaites — 56% de victoires. Honnête sur le papier, mais le détail dérange.

CĂ´tĂ© lumière : finale de Gold Cup 2025 perdue contre le Mexique, victoire 5-1 contre l’Uruguay de Bielsa en novembre 2025 (Tampa), 2-0 contre le Japon, trois succès consĂ©cutifs fin 2025 contre Australie, Paraguay et Uruguay.

CĂ´tĂ© ombre : deux gifles consĂ©cutives dans la fenĂŞtre internationale de mars 2026. 28 mars 2026 Ă  Atlanta (Mercedes-Benz Stadium, 66 867 spectateurs) : États-Unis 2-5 Belgique. McKennie ouvre le score Ă  la 39e sur corner d’Antonee Robinson — son 12e but international, le premier depuis trois ans. Puis effondrement total. Belgique : Debast 45e (knuckleball sur dĂ©gagement ratĂ© de Turner), Onana 53e, De Ketelaere 59e sur penalty, Lukebakio doublĂ© 68e et 82e. Agyemang sauve l’honneur Ă  la 87e. Belgique coachĂ©e par Rudi Garcia. The Athletic parle d’un « vrai flop prĂ©-Mondial ». Pochettino : « Le 5-2 est difficile Ă  accepter. Mais parfois, ressentir la douleur est bon. Si cela doit arriver maintenant, c’est mieux ainsi. »

Trois jours plus tard, Ă  Atlanta encore : 0-2 contre le Portugal. CBS Sports Ă©voque une « performance moche Ă  regarder, rĂ©vĂ©lant de tristes vĂ©ritĂ©s ». Fox Sports souligne l’Ă©cart de niveau brutalement exposĂ©. Le problème : maintenant, ça veut dire Ă  75 jours du Mondial. Et la soliditĂ© dĂ©fensive n’est toujours pas trouvĂ©e.

La liste finale, et la surprise Tessmann

Mardi 26 mai 2026, New York. Pochettino dĂ©voile sa liste finale des 26. La seule vraie surprise : Tanner Tessmann (OL) est Ă©cartĂ©. 24 ans, titulaire sur 22 matchs de Ligue 1 en saison, le milieu lyonnais ne va finalement pas au Mondial. « Nous croyons que c’est notre meilleur groupe de 26 joueurs qui peut rĂ©ussir Ă  la Coupe du Monde », a justifiĂ© Pochettino lors de la cĂ©rĂ©monie Ă  New York.

Le capitaine s’appelle toujours Christian Pulisic. 27 ans, AC Milan, monument du foot amĂ©ricain moderne. Le problème : depuis le 28 dĂ©cembre 2025, il n’a plus marquĂ© un seul but, ni en club ni en sĂ©lection — soit 19 matchs consĂ©cutifs sans trouver les filets Ă  la mi-mai. Et il a manquĂ© un Milan-Atalanta le 10 mai pour une blessure aux fessiers, non grave mais symbolique. Pour la star qui doit porter le pays Ă  domicile, c’est un sale moment.

À ses côtés, la nouvelle vague : Weston McKennie (Juventus), 27 ans, sans doute le joueur américain en meilleure forme du moment ; Tyler Adams (Bournemouth), le patron du milieu ; Folarin Balogun (Monaco), avant-centre n°1 ; Ricardo Pepi (PSV Eindhoven), 16 buts en 26 matchs avec le champion néerlandais malgré une fracture du bras en cours de saison ; Tim Weah (Marseille, fils de George) ; Malik Tillman (Bayer Leverkusen) ; Chris Richards (Crystal Palace) ; Antonee « Jedi » Robinson (Fulham) ; Matt Freese (NYCFC), gardien désigné n°1. Giovanni Reyna (Borussia Mönchengladbach) est aussi dans le groupe — quatre ans après avoir failli être renvoyé du camp au Qatar pour son comportement, Pochettino lui refait confiance.

Les AmĂ©ricains disputeront deux derniers amicaux de prĂ©paration : contre le SĂ©nĂ©gal Ă  Charlotte le 31 mai, puis contre l’Allemagne Ă  Chicago le 6 juin, avant de rejoindre leur camp de base Ă  Irvine, en Californie.

La 4-3-3 type, et le pari du milieu

D’après les sorties de mars 2026, Pochettino semble avoir abandonnĂ© la dĂ©fense Ă  3 qu’il avait testĂ©e Ă  l’automne, pour s’installer dans un 4-3-3 plus classique :

Freese – Weah, Richards, Ream, Robinson – Cardoso, McKennie, Tillman – Pulisic, Balogun, Reyna

L’Ă©cart de Tessmann recompose le milieu autour de Johnny Cardoso (AtlĂ©tico Madrid) en sentinelle, McKennie en relayeur box-to-box, Tillman en numĂ©ro 10 ou ailier rentrant. DĂ©cisions tactiques Ă  finaliser dans les trois prochaines semaines.

Le calendrier : un programme jouable, sans excuse possible

Le calendrier officiel CDM 2026, publié par la FIFA le 6 décembre 2025 au lendemain du tirage au sort, est désormais figé :

• Samedi 13 juin, 21h CEST (Los Angeles, SoFi Stadium) — Paraguay : le match d’entrĂ©e. Sur le papier, victoire obligatoire. Toute autre issue serait une crise nationale. Mais attention Ă  Alfaro : il a dĂ©jĂ  battu le BrĂ©sil et l’Argentine.

• Vendredi 19 juin, 21h CEST (Seattle, Lumen Field) — Australie : adversaire abordable mais physique. Les Socceroos savent embêter les favoris.

• Vendredi 26 juin, 4h CEST (Los Angeles, SoFi Stadium) — Turquie : probable match charnière pour la première place. Les Turcs ont une génération talentueuse (Güler, Yıldız, Akgün) et joueront crânement.

Si les USA terminent 1ers du groupe : ils jouent un 3e (B/E/F/I/J) à San Francisco en 1/16. 2es : huitième de finale contre le 2e du groupe G (Angleterre, Croatie, Ghana, Panama) à Dallas. Autant dire : finir premier change tout.

Les ambitions, et la réalité

Pochettino l’a dit dès sa nomination : « Nous voulons gagner le Mondial. » Trump le lui a redemandĂ© au tirage en dĂ©cembre : « Alors coach, qu’en pensez-vous ? On peut gagner le Mondial ? » RĂ©ponse : « Bien sĂ»r, monsieur le prĂ©sident. » Du Pochettino pur jus.

La rĂ©alitĂ© plus mesurĂ©e : sortir des poules est une obligation Ă  domicile. Atteindre les quarts de finale serait dĂ©jĂ  le meilleur parcours amĂ©ricain depuis 2002 et le quart contre l’Allemagne (cf. la lĂ©gendaire main de Frings non sifflĂ©e). 24 ans d’attente.

Le plafond fantasmĂ© : un parcours Ă  la SĂ©nĂ©gal 2002 ou Maroc 2022, demi-finale ou finale Ă  domicile, le sacre d’une gĂ©nĂ©ration qui doit beaucoup Ă  l’expatriation europĂ©enne. Improbable. Mais Ă  domicile, dans des stades acquis, avec un format Ă  48 qui multiplie les matchs faciles avant les chocs, pas impossible.

Trois scénarios pour le Team USA

ScĂ©nario A — Le fiasco institutionnel. Élimination au premier tour ou en 1/16. Pochettino remerciĂ© dans les semaines suivantes, USSF en crise, gĂ©nĂ©ration Pulisic qui n’aura jamais marquĂ©. Catastrophique politiquement.

Scénario B — Le quart de finale, premier depuis 2002. Sortie 1er ou 2e du groupe, victoires en 1/16 et 1/8, élimination logique en quart par un favori (Argentine, France, Espagne, Brésil). Scénario médian, et déjà un succès historique.

Scénario C — Le rêve américain. Demi-finale ou finale à domicile, vague populaire, soft power au maximum. Le rêve Pochettino-Trump-Infantino. Statistiquement improbable mais possible avec un tirage clément en phase éliminatoire.

Ă€ 10 jours du coup d’envoi, les USA sont l’Ă©quipe la plus difficile Ă  lire du Mondial. Une gĂ©nĂ©ration qui compte trois ou quatre stars de Top 5 europĂ©en, un coach prestigieux mais en perte de repères, une pression politique sans prĂ©cĂ©dent, un public d’environ 3 milliards de tĂ©lĂ©spectateurs cumulĂ©s sur les trois matchs de poule.

Ce qui est sĂ»r : aucun autre pays n’a autant Ă  perdre que les États-Unis dans ce Mondial. Et aucun autre n’a autant Ă  gagner non plus.

Et toi, tu vois le Team USA aller jusqu’oĂą ? Quart historique, ou nouveau fiasco de domicile qui plongera le soccer amĂ©ricain dans une dĂ©cennie de questions ?


📚 Sources

Cyssou de Foot Vertical Rédaction · Foot Vertical