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Groupe B · Coupe du Monde 2026
Zenica, 31 mars 2026. Le soir où la Bosnie a tué le mythe italien.
Bilino Polje, 9 500 spectateurs entassés, finale des barrages européens. Face en face : la Bosnie-Herzégovine, en quête d’un retour à la Coupe du Monde après 12 ans d’absence (depuis 2014 au Brésil), et l’Italie, quadruple championne du monde. Tout oppose ces deux nations. Sauf un point commun, cruel : aucune des deux n’avait disputé l’Euro 2024, et chacune sentait que ce barrage était LE match de leur génération.
15e minute : Moise Kean, servi par Nicolò Barella, ajuste une frappe enroulée du droit. 0-1 Italie. Le mythe semble s’installer. 41e minute : Alessandro Bastoni est expulsé pour avoir fauché Amar Memic lancé en contre. L’Italie joue à dix pendant près d’une heure.
79e minute. Donnarumma repousse une frappe puissante en plein axe. Là, surgi de nulle part, Haris Tabaković pousse le ballon au fond. 1-1. Zenica explose. Le match va jusqu’aux prolongations, puis aux tirs au but.
Séance de tirs au but : Pio Esposito (1er tireur italien) bute sur Vasilj. Cristante (3e tireur italien) manque également. Côté bosnien, Tahirović, Tabaković, Alajbegović convertissent. Et puis vient Esmir Bajraktarević, 21 ans, du pied gauche : frappe en bas à droite, but, qualification. Score final : 4-1 aux tirs au but. La Bosnie est au Mondial. L’Italie manque sa troisième Coupe du Monde consécutive, du jamais vu pour les Azzurri.
Barbarez, l’homme qui a tout reconstruit
Il y a un an et demi, la Bosnie était à la dérive. Sergej Barbarez, 54 ans, légende du football bosnien (ex-Bayern Munich, Hambourg, Borussia Dortmund), arrive en juin 2024 sur un projet long terme : remettre cette sélection à son niveau réel, après des années de stagnation.
Son bilan : 16 matchs, 7 victoires, 4 nuls, 5 défaites (44%). Pas glorieux sur le papier. Mais le détail compte : une victoire 3-1 contre la Roumanie en novembre 2025 dans une fenêtre cruciale, un 1-1 à l’Autriche qui a maintenu la qualif possible, et bien sûr l’exploit du 31 mars. « Je n’ai jamais abordé ni terminé un match aussi calmement », a reconnu Barbarez en conférence après le barrage. « Face à une équipe de classe mondiale qui défend bien même à dix joueurs, on a cru au truc dès la première minute. Je l’ai vu dans les yeux des joueurs. »
Sa liste pour les amicaux et le Mondial a été annoncée le 11 mai 2026. Vingt-cinq joueurs convoqués. Et un nom qui justifie à lui seul d’allumer la télé : Edin Džeko.
Džeko, 40 ans, la dernière danse du diamant
40 ans, 148 sélections, 73 buts. Edin Džeko est le meilleur buteur de l’histoire de la Bosnie-Herzégovine, et l’un des derniers monstres de sa génération encore en activité. En janvier 2026, il a quitté le Fenerbahçe pour rejoindre Schalke 04 en 2. Bundesliga sur un coup de cœur — 6 buts en 9 matchs en quelques mois, à 40 ans, dans le championnat allemand. Le mec n’a rien lâché.
C’est sa deuxième Coupe du Monde après celle du Brésil 2014. Il l’a probablement vécu comme une revanche cosmique : éliminer l’Italie, vingt ans après les frustrations de l’Euro 2012 où la Bosnie avait raté la qualif d’un cheveu, c’est presque trop beau pour être écrit. À Zenica, on l’a vu pleurer après le pénalty décisif. Il sait que c’est la dernière fois qu’il porte ce maillot dans une grande compétition.
La génération qui assure la transition
Autour de Džeko, Barbarez a assemblé un mélange de vétérans et de jeunes prometteurs qui jouent presque tous dans les grands championnats européens.
Gardiens : Nikola Vasilj (St. Pauli) titulaire, héros des tirs au but contre l’Italie. Défense : Sead Kolašinac (Atalanta), le patron à 32 ans, capitaine adjoint ; Amar Dedić (Benfica), latéral droit de classe mondiale ; Tarik Muharemović (Sassuolo) ; Nikola Katić (Schalke 04) ; Nidal Čelik (Lens), surprise de la dernière fenêtre. Milieu : Benjamin Tahirović (entré au cours du match contre l’Italie et auteur du premier penalty réussi) ; Ivan Sunjic ; Ivan Basic ; Kerim Alajbegović. Attaque : Ermedin Demirović (Stuttgart), Haris Tabaković (Borussia M’Gladbach, héros du match), Amar Memic, et la pépite Esmir Bajraktarević (PSV Eindhoven, 21 ans, né en mars 2005), le tireur du pénalty décisif.
Cette équipe, classée 71e à la FIFA, n’est pas une favorite. Mais elle est mordante, expérimentée à des moments-clés, et portée par une vague émotionnelle qu’on a déjà vue chez les Croates ou les Marocains dans des Mondiaux récents.
Le piège du calendrier : ouvrir le Mondial à Toronto
Le calendrier officiel CDM 2026, publié par la FIFA le 6 décembre 2025 au lendemain du tirage au sort, est désormais figé :
• 12 juin, Toronto (BMO Field) — Canada : LE match d’ouverture du Mondial. Face au co-hôte canadien dans son chaudron. Marsch et ses joueurs voudront imposer leur loi à domicile. Pression maximale.
• 18 juin (Seattle) — Suisse : la Nati, expérimentée et solide, sera le match charnière du groupe. Les Bosniens et les Suisses se sont déjà affrontés en qualifs et lors d’amicaux récents — confrontations toujours tendues.
• 24 juin (Seattle) — Qatar : adversaire le plus accessible sur le papier, dans un match potentiellement décisif pour la qualif. Le Qatar de Lopetegui sera coriace mais limité.
Avec le format à 48 équipes et la qualification des 8 meilleurs 3es, la Bosnie a une vraie chance de sortir des poules — un scénario qu’elle n’a jamais réalisé en Coupe du Monde (éliminée au premier tour en 2014, sa seule participation précédente).
Trois scénarios pour les Dragons
Scénario A — La sortie au premier tour. Trois défaites ou un nul, et adieu. Statistiquement, c’est le scénario le plus probable étant donné le calendrier et le niveau des adversaires. Mais déjà être qualifié vaut un bon souvenir.
Scénario B — La qualification en huitièmes. Sortie 2e ou 3e du groupe avec un coup d’éclat contre la Suisse ou le Qatar. Élimination en 1/8. Vu l’effectif et l’émotion post-Italie, ce serait le scénario médian probable. Et le sommet historique pour le foot bosnien.
Scénario C — Le parcours type Maroc 2022. Faire trembler la Coupe, sortir des poules en force, atteindre les quarts. Improbable, mais cette équipe a déjà battu l’Italie. Pourquoi pas un autre exploit ?
À 10 jours du coup d’envoi, la Bosnie de Barbarez est l’équipe surprise la plus séduisante de ce Mondial. Avec un Džeko en forme à 40 ans, un Bajraktarević qui a déjà transformé un pénalty pour changer le destin d’une nation, et une équipe portée par l’émotion d’une qualification historique, les Dragons ont tout pour faire mal à n’importe qui.
Et toi, tu vois la Bosnie aller où ? Élimination en poule comme 2014, ou première sortie de groupe historique portée par un Džeko à la dernière danse ?
📚 Sources
- UEFA — Bosnie-Italie 1-1 (4-1 tab), finale des barrages (31/03/2026)
- Footmercato — Bosnie élimine l’Italie aux tirs au but (31/03/2026)
- ESPN — Feuille de match Bosnie-Italie (consulté 01/06/2026)
- FotMob — Sélection Bosnie-Herzégovine (effectif, 71e FIFA) (consulté 01/06/2026)
- Football Database — Détails complets du match
- DAZN — Calendrier complet CDM 2026