Groupe C · Coupe du Monde 2026
Vingt-quatre ans. C’est long, vingt-quatre ans.
2002. Ronaldo, Rivaldo, Ronaldinho. Le trio des 3R. Cinquième étoile.
2006. Élimination en quart par la France de Zidane (0-1, but de Henry).
2010. Élimination en quart par les Pays-Bas (1-2, but de Sneijder).
2014. Le 7-1 contre l’Allemagne en demi-finale. À domicile. Le traumatisme absolu.
2018. Élimination en quart par la Belgique.
2022. Élimination en quart par la Croatie aux tirs au but. Tite démissionne.
2026. Ancelotti.
Cinq fois champion du monde, le Brésil n’a plus rien gagné depuis 24 ans, et son rapport à la Coupe du Monde s’est métamorphosé : ce n’est plus une formalité de fin d’aventure, c’est une quête. Une obsession. Un manque qui dépasse le football.
Pour 2026, la Fédération a tenté l’impensable : embaucher un sélectionneur étranger. Carlo Ancelotti, 66 ans, Italien, le tacticien le plus titré de l’histoire moderne. Le geste est symbolique autant que stratégique. Le Brésil reconnaît, enfin, qu’il a peut-être quelque chose à apprendre.
Ancelotti, la rupture culturelle
Le 12 mai 2025, la CBF officialise l’arrivée d’Ancelotti. Il prend ses fonctions le 26 mai 2025, à 65 ans (66 depuis le 10 juin). C’est la fin d’une époque côté madrilène. C’est le début d’une expérience côté brésilien — celle d’un sélectionneur qui n’a jamais entraîné en Amérique du Sud, qui doit composer avec un projet de jeu plus collectif que ce que la culture brésilienne valorise traditionnellement, et qui doit gérer les ego d’une génération composée de stars qu’il a parfois dirigées au Real (Vinicius, Rodrygo, Militão, Casemiro). Il est le premier sélectionneur étranger de la Seleção depuis le passage éphémère de l’Argentin Filpo Nuñez en 1965.
Coup de théâtre majeur le 14 mai 2026 : à moins d’un mois du Mondial, la CBF annonce qu’Ancelotti a prolongé son contrat jusqu’à la Coupe du Monde 2030 — soit quatre ans supplémentaires. La preuve que la Fédération mise sur lui bien au-delà de l’aventure 2026. « Depuis un an, nous travaillons pour ramener la sélection brésilienne sur le toit du monde. Mais la CBF et moi voulons plus. Plus de victoires, plus de temps, plus de travail », a déclaré l’Italien dans une vidéo publiée par la CBF.
Le bilan d’une année : 50% de victoires, et plein de questions
Sur ses 10 matchs à la tête de la Seleção (qualifs CONMEBOL + amicaux), Ancelotti affiche 5 victoires, 2 nuls, 3 défaites, avec 18 buts marqués pour 8 encaissés. Exactement 50% — un chiffre qui, pour le Brésil, n’est pas glorieux. Et le détail dérange encore plus que la moyenne.
Côté lumière : la qualif obtenue à domicile contre le Paraguay (1-0, Vinicius) le 10 juin 2025 à São Paulo, premier vrai succès pour Ancelotti et qualification officielle. La démonstration 5-0 contre la Corée du Sud à Séoul en octobre. Le 2-0 propre contre le Sénégal à l’Emirates Stadium de Londres le 15 novembre.
Côté ombre : la défaite 1-0 en Bolivie le 9 septembre 2025 à El Alto (penalty Miguel Terceros 45+4), qui voit le Brésil terminer 5e CONMEBOL, sa pire campagne de qualif. Le 3-2 contre le Japon le 14 octobre à Tokyo (Ajinomoto Stadium) — première victoire japonaise face au Brésil en 14 confrontations, après que la Seleção menait 2-0 à la pause grâce à Paulo Henrique (26e) et Martinelli (32e), avant l’effondrement face à Minamino (52e), Nakamura (62e) et Ueda (71e). Le 1-1 contre la Tunisie au Decathlon Stadium de Lille le 18 novembre. Et surtout le 1-2 contre la France de Deschamps le 26 mars 2026 au Gillette Stadium de Foxborough — Mbappé (32e) et Ekitike (65e) côté français, Bremer (78e) pour la réduction côté brésilien, alors même que les Bleus jouaient à 10 depuis l’expulsion d’Upamecano à la 55e. Seul vrai succès récent : 3-1 sur la Croatie le 31 mars au Camping World Stadium d’Orlando (buts de Danilo 45+2 sur passe de Vinicius, Igor Thiago 88e, Martinelli 90+2 — Majer ayant égalisé à la 84e pour la Croatie).
Bref : tout est encore à construire. La machine n’est pas encore lancée.
Neymar de retour, Vini en pointe, et les coups durs
La grande question de la liste finale, c’est Neymar. Le 12 mai 2026, Ancelotti transmet sa préliste de 55 joueurs à la FIFA : Neymar y figure. Sa première apparition sur une feuille de la Seleção depuis octobre 2023. À 34 ans, après deux années de blessures à n’en plus finir et un retour à Santos (son club formateur), l’icône veut une dernière danse. Le débat divise tout le Brésil pendant des semaines — le président Lula s’en mêle en avril : « J’ai discuté avec Ancelotti. Je lui ai dit : s’il est prêt physiquement, il a le niveau pour ça. »
Et puis, le 18 mai 2026, la sentence tombe : Neymar fait partie des 26 finaux retenus par Ancelotti. À l’annonce de son nom, le public présent pour le show de deux heures explose de joie, retardant l’annonce des trois derniers noms. Quatrième Coupe du Monde pour le N°10 brésilien. « Ce n’est pas la liste parfaite, mais il n’existe pas d’équipe parfaite », a lancé le sélectionneur. Reste à voir dans quel état physique : Neymar a depuis été victime d’une lésion de grade 2 au mollet, et son retour sur le terrain est attendu pour le 1er ou le 2e match du groupe selon les médecins.
Et puis il y a la nouvelle vague. Vinícius Júnior (Real Madrid), 25 ans, qui a vu défiler trois entraîneurs au Real depuis l’arrivée d’Ancelotti à la Seleção : Carlo Ancelotti lui-même jusqu’en juin 2025, puis Xabi Alonso (parti le 12 janvier 2026), et désormais Álvaro Arbeloa. Sa saison a été en dents de scie. Raphinha (Barcelone), 29 ans, en forme de sa vie sous Hansi Flick. Matheus Cunha (Manchester United), 26 ans, l’attaquant complémentaire qui peut jouer en 9 ou 10. Endrick, 19 ans, prêté du Real Madrid à l’Olympique Lyonnais en janvier 2026 sur les conseils mêmes d’Ancelotti, où il a explosé. João Pedro (Chelsea depuis l’été 2025), candidat sérieux à la pointe. Luiz Henrique (Zenit), pépite intégrée récemment. Et Igor Thiago (Brentford), buteur de la Croatie et nouvel élément du collectif. Sans oublier Rayan (Bournemouth), surprise de la liste.
Coup dur immense : Rodrygo (Real Madrid), 25 ans, victime d’une rupture du ligament croisé antérieur et du ménisque externe du genou droit le 2 mars 2026 contre Getafe. Entré à la 55e minute, blessé après un contact à la 66e avec Adrián Liso, il a tout de même terminé le match avant le diagnostic catastrophique. Forfait pour le Mondial (10 à 12 mois d’arrêt). La Seleção perd l’une de ses options offensives majeures — d’autant que le joueur souffrait, selon The Athletic, d’une déchirure partielle du même ligament depuis 2023 jamais opérée.
Autre coup dur : Estêvão (Chelsea), 18 ans, l’un des plus grands espoirs du foot brésilien, écarté de la liste finale à cause d’une lésion aux ischio-jambiers contractée début mai. Initialement dans la préliste, il a été retiré dans les heures suivantes.
Devant, le Brésil garde l’une des meilleures densités offensives du Mondial. Mais avec Rodrygo et Estêvão out, et un Neymar à reconstruire physiquement, la marge de manœuvre s’est sérieusement réduite.
Le vrai chantier : l’épine dorsale
C’est derrière que tout se joue. Et Ancelotti construit pierre par pierre : Bento (Al-Nassr), Alisson (Liverpool) et Ederson (Fenerbahçe) en concurrence dans les buts (avec Hugo Souza de Corinthians en 4e gardien). Marquinhos (PSG), 31 ans, capitaine, patron de défense incontesté, vient de fêter sa 100e sélection en septembre 2025. Gabriel Magalhães (Arsenal) en partenaire central. Léo Pereira (Flamengo) en émergence. Casemiro (Manchester United) rappelé par Ancelotti malgré sa fin de cycle à United — l’effet « j’ai gagné avec lui au Real Madrid ». Danilo (Flamengo) toujours présent à 34 ans, polyvalent latéral droit ou axial, buteur de la Croatie.
Coup dur identifié : Éder Militão, qui devait porter la défense, s’est fait opérer de la cuisse et manquera le Mondial. Ça fragilise une charnière déjà en construction.
Le 4-3-3 type d’Ancelotti, vu sur Footmercato : Bento – Douglas Santos, Léo Pereira, Marquinhos, Ibañez – Cunha, Casemiro, Danilo – Vinícius, João Pedro, Luiz Henrique. Compact, équilibré, avec un milieu à trois où Casemiro fait le sale boulot. Plus européen que jamais.
Le calendrier : un Groupe C accessible mais avec un piège
Le calendrier officiel CDM 2026, publié par la FIFA le 6 décembre 2025 au lendemain du tirage au sort, est désormais figé :
• Match 1 — Maroc (13 juin, MetLife Stadium, New York/New Jersey) : LE match du groupe. Le Maroc demi-finaliste de 2022, structuré, costaud à la transition. Sur le papier, Brésil largement favori. Sur le terrain : mémoire du 2-1 historique infligé par les Lions de l’Atlas à Tanger le 25 mars 2023 lors d’un amical (premier succès marocain de l’histoire face au Brésil). Match piégeux.
• Match 2 — Haïti (20 juin, Foxborough/Boston) : retour historique d’Haïti en Mondial après 52 ans (1974). Adversaire le plus faible du groupe sur le papier. Match de gestion pour le Brésil.
• Match 3 — Écosse (25 juin, Miami) : retour de l’Écosse en CDM après 28 ans d’absence (1998). Brésil archi-favori, mais l’Écosse est portée par un Scott McTominay au sommet (18e du Ballon d’Or). À ne pas négliger sur un match de poule.
Le Brésil doit normalement terminer 1er du groupe. Tout autre scénario serait une déconvenue.
Le scénario qui ferait basculer une génération
Plancher acceptable : quart de finale. Ce serait la troisième élimination consécutive à ce stade (2018, 2022, 2026) — frustrant mais à peu près admis.
Objectif officiel : demi-finale minimum. Le pays attend ça depuis 2014 et le traumatisme contre l’Allemagne.
Objectif officieux : la sixième étoile. C’est l’engagement d’Ancelotti, c’est l’attente de Vinícius (qui veut son moment Ronaldo 2002), c’est ce qui justifie le pari italien — et la prolongation jusqu’en 2030 qui pose les bases d’un projet long terme.
Si le Brésil ne gagne pas en 2026, on entrera dans une phase critique. Vinícius aura 25 ans (peut encore gagner un autre Mondial), mais Neymar sera officiellement éteint, Marquinhos et Casemiro proches de la sortie, Endrick toujours en construction. La fenêtre commence à se refermer.
À 10 jours du coup d’envoi, Ancelotti tient ses 26. Avec Neymar. Avec le mythe. Avec, à coup sûr, une défense fragilisée par les forfaits Militão et Rodrygo.
La méthode européenne au service de la samba. C’est, en tout cas, l’idée. Le terrain américain dira si Carletto a vraiment réussi à réinventer un Brésil que personne n’attendait plus.
Et toi, tu y crois à cette Seleção d’Ancelotti ? Sixième étoile, ou nouvelle élimination en quart qui plongera le Brésil dans une crise existentielle ?
📚 Sources
- Footmercato — Effectif et équipe-type Brésil sous Ancelotti (consulté 01/06/2026)
- Footmercato — Liste des 26 du Brésil avec Neymar (18/05/2026)
- Eurosport — Ancelotti prolonge jusqu’en 2030 (14/05/2026)
- Eurosport — Rodrygo forfait Mondial (rupture LCA) (03/03/2026)
- Eurosport — Brésil 1-0 Paraguay, qualification CDM 2026 (11/06/2025)
- Eurosport — Brésil 1-2 France à Foxborough (26/03/2026)
- Eurosport — Japon 3-2 Brésil (14/10/2025)
- France Info — Neymar retenu par Ancelotti (18/05/2026)
- Wikipédia — Carlo Ancelotti (consulté 01/06/2026)
- DAZN — Calendrier complet CDM 2026